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Roubaix, une lumière : le polar vérité d'Arnaud Desplechin

Posté par Rosario Ligammari le 16 Juin 2020
Avec Roubaix, une lumière, Arnaud Desplechin passe du drame humain au polar sombre et humaniste. Le cinéaste a trouvé dans un fait divers datant de 2002 le matériau suffisamment fort pour explorer de nouveaux territoires de cinéma. Et en Roschdy Zem – récompensé aux César – un puissant alter ego.
Roubaix, une ville de cinéma

Nous sommes à Roubaix, une nuit de Noël. Les arrestations font partie de la routine du commissariat central. Le commissaire Daoud (Roschdy Zem) et son nouveau collègue Louis (Antoine Reinartz) doivent enquêter sur le meurtre d'une vieille dame ; Daoud soupçonne Claude (Léa Seydoux) et Marie (Sarah Forestier), deux marginales toxicomanes.

Dès le début, l'accumulation de drames et l'image poisseuse annoncent la couleur : noire. Terrible contraste avec ce moment de l'année qui se veut joyeux. La voix off annonce d'emblée le caractère pesant de Roubaix, « La plus pauvre des villes de plus de cent-mille habitants ». Cela dit, Roubaix est aussi une ville de cinéma ; un certain nombre de films y a été tourné, de L'Aveu (Costa-Gavras, 1970) à plus récemment La Vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013) jusqu'à Un Conte de Noël (2008) ou Les Fantômes d'Ismaël (2017), des longs-métrages signés... Arnaud Desplechin.

Roschdy Zem, nouvel alter ego d'Arnaud Desplechin

Dans Roubaix, une lumière, ce qui est sûr, c'est que nous sommes bien chez Arnaud Desplechin, au sens littéral puisque Roubaix n'est autre que la ville natale du réalisateur. Présenté en compétition à Cannes en 2019 (faut-il rappeler que le cinéaste est un habitué de la croisette ?), et nommé dans sept catégories aux César, Roschdy Zem remporte le trophée du meilleur acteur. Et pour cause, son jeu impeccable de commissaire muni d'un calme presque surhumain, en décalage avec l'ambiance sordide, a été applaudi partout. On peut dire en plus de cela que Desplechin a trouvé en lui une espèce de nouvel alter ego, après Mathieu Amalric, son acteur fétiche depuis Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) en 1996.

Après Le Petit Lieutenant (Xavier Beauvois, 2005), Go Fast (Olivier Van Hoofstadt sorti en 2008) ou Une Nuit (Philippe Lefebvre, 2012), Zem endosse à nouveau le costume du policier. En revanche, si nous sommes donc bien chez Desplechin d'un point de vue géographique, le cinéaste, en explorant le genre du polar, sort clairement de sa zone de confort.

Premier polar pour le cinéaste

Cinéaste de l'intime, explorateur introspectif, dans une lignée que l'on peut qualifier de « post-Nouvelle Vague », Arnaud Desplechin a jusqu'ici surtout décortiqué les sentiments, traqué l'âme humaine. Marqué par le cinéma d'Alain Resnais, Ingmar Bergman ou encore Woody Allen, le réalisateur s'inspire ici d'un fait divers de 2002, lui même narré dans le documentaire Roubaix, commissariat central (réalisé par Mosco Boucault en 2008). On peut d'ailleurs presque considérer Roubaix, une lumière comme une sorte de remake ou de version romanesque des témoignages du couple de jeunes filles toxicomanes que l'on voit face caméra dans le documentaire.

Le film Le Faux Coupable (Alfred Hitchcock, 1956) fait aussi office de référence dans le style polar brut au plus près du réel. Et le cinéaste de tordre le genre pour en faire non pas un conte de Noël (il l'a déjà fait), mais une fable philosophique et sociale. Roubaix, une lumière est à ce titre un thriller comme L'humanité de Bruno Dumont (1999) pouvait en être un : un drame social dur et noir, certes, mais justement plein d'humanité – la fameuse « lumière » du titre.

Roubaix, une lumière, disponible dès le 16/06 sur CANAL+

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