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RUE MÁLAGA : le vrai drame derrière ce film solaire avec Carmen Maura

Présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2025, où il a remporté le Prix du public, RUE MÁLAGA est le troisième long-métrage de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani après les très beaux ADAM et LE BLEU DU CAFTAN. S’y raconte le combat d’une femme de 79 ans pour conserver l’appartement où elle a vécu toute sa vie. Derrière ce récit solaire autour de la transmission et du désir se cache une autre histoire, beaucoup plus intime : celle de la cinéaste.

Une vieille rebelle

À Tanger, Maria Angeles (Carmen Maura), une Espagnole de 79 ans, mène une existence paisible dans l'appartement où elle vit depuis des décennies. Mais son quotidien est bouleversé lorsque sa fille Clara (Marta Etura) arrive de Madrid avec une décision pour le moins radicale : vendre ce vaste appartement décoré au goût de sa mère. Car pour Maria Angeles, chaque meuble, chaque objet et chaque recoin racontent une partie de son existence. Après avoir été contrainte de quitter les lieux, elle entreprend de récupérer ce qui lui appartient et de défendre jusqu’au bout son droit à rester chez elle.

RUE MÁLAGA ne se résume évidemment pas à ce conflit familial initial mais observe la façon dont, en cherchant à préserver les traces de son passé, Maria Angeles va aussi renouer avec ce que l’on considère parfois, à tort, comme le pré carré de la jeunesse : l’amour, le désir, le plaisir et la liberté. Carmen Maura compose une héroïne à la fois malicieuse, indépendante et profondément touchante. Un choix qui ne doit rien au hasard... Figure incontournable du cinéma espagnol et muse de Pedro Almodóvar, l’actrice espagnole a notamment joué dans FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERFS, QU'EST-CE QUE J'AI FAIT POUR MÉRITER ÇA ? ou encore VOLVER. « J’ai voulu raconter une autre vieillesse », explique Maryam Touzani dans le dossier de presse du film, une vieillesse qui puisse être « débordante de vie ».

Derrière Maria Angeles, une lignée de femmes

L’histoire de RUE MÁLAGA est intimement liée à celle de la cinéaste. Le projet est en effet né après la mort soudaine de sa mère, Malika, en février 2023, peu avant la sortie du BLEU DU CAFTAN. Maryam Touzani raconte avoir été dévastée par cette disparition et avoir continué, mentalement, à dialoguer avec elle en espagnol. Cette langue était en effet celle qu’elles partageaient au quotidien : la mère de la réalisatrice était à moitié espagnole et sa grand-mère, Juana, était originaire d’Andalousie. « Rue Malaga est né de la douleur et du manque », confie la cinéaste. En écrivant le scénario, elle cherche d’abord à maintenir un lien avec sa mère. Les souvenirs de cuisine y occupent notamment une place importante : les tortillas, les croquettes, les odeurs familières...

La réalisatrice décide par ailleurs, pendant le processus d’écriture, de faire de l’espagnol la langue de son film, après avoir tourné ses deux précédents longs métrages, ADAM et LE BLEU DU CAFTAN, en arabe. Maria Angeles est également profondément inspirée par Juana, la grand-mère de Maryam Touzani, à laquelle le film est dédié. Arrivée très jeune au Maroc pendant le protectorat espagnol, celle-ci a fait sa vie à Tanger. Elle s’est mariée deux fois, d’abord avec un Espagnol, avec lequel elle a eu trois enfants, puis avec un Marocain, avec lequel elle a eu trois autres enfants, dont la mère de Maryam Touzani. La cinéaste a grandi avec elle, sa grand-mère habitant chez ses parents lorsqu’elle est née.

Une déclaration d’amour à Tanger

À noter que même le titre du film est directement lié à cette histoire familiale. La véritable Calle Málaga existe toujours à Tanger : il s'agit de la rue où vivaient la grand-mère de Maryam Touzani et sa mère lorsqu’elle celle-ci était enfant. Mais pour le tournage, la réalisatrice a finalement choisi une autre rue, la rue d’Italie, qui monte vers la kasbah. La plaque de la véritable Calle Málaga apparaît néanmoins dans le film, en arabe, en espagnol et en français. La réalisatrice décrit Tanger comme une « ville de liberté et de création », marquée par le mélange des cultures et par son histoire internationale. Située à seulement 14 kilomètres de l’Espagne, la ville conserve une forte présence de la langue espagnole chez les générations les plus anciennes.

Pour la cinéaste marocaine, tourner à Tanger représentait pourtant un véritable défi émotionnel, de nombreux endroits lui rappelant sa mère. « En choisissant Tanger comme cadre, je me suis imposée, inconsciemment, de faire face à son absence », explique-t-elle. Cette dimension explique aussi pourquoi RUE MÁLAGA est sans doute le film le plus personnel de la cinéaste, qui ne voulait pas pour autant proposer un drame. Le film choisit résolument la lumière, l’humour et la sensualité, avec une Carmen Maura comme on l'a rarement vue.