Si vous avez grandi dans les années 80, vous connaissez forcément ce film dont plus personne ne parle aujourd'hui
Pour toute une génération de spectateurs, LA FORÊT D'ÉMERAUDE appartient à ces films découverts enfant et jamais vraiment oubliés. Derrière son récit d’aventure dépaysant, le long métrage de John Boorman cache une œuvre profondément humaniste qui prend encore tout son sens, plus de quarante ans après sa sortie. Il est à (re)découvrir sur CANAL+.
Le film d’aventure qui a émerveillé toute une génération
Présenté en clôture du Festival de Cannes 1985, LA FORÊT D'ÉMERAUDE de John Boorman nous transporte dans un ailleurs presque mythologique : une Amazonie luxuriante, immense, à la fois fascinante et inquiétante.
L’histoire débute pourtant d'une manière plus que dramatique. Bill Markham (Powers Boothe), ingénieur américain venu superviser la construction d’un barrage au Brésil, assiste à l’enlèvement de son jeune fils Tommy par une tribu vivant au cœur de la forêt, appelée "les invisibles" pour sa capacité à se fondre dans le décor. Dix ans plus tard, l’enfant disparu est devenu un jeune homme parfaitement intégré à son peuple d’adoption. Lorsque son père finit par le retrouver, ce dernier n’est plus vraiment le fils qu’il a perdu.
Comme souvent dans la filmographie de John Boorman, le voyage géographique (ici celui qu'entreprend le père pour retrouver son fils) devient un voyage intérieur. Le réalisateur de DÉLIVRANCE et d’EXCALIBUR filme la forêt amazonienne comme un personnage à part entière, un territoire qui transforme ceux qui s’y aventurent et remet en question toutes leurs certitudes.
C’est aussi ce qui explique la place particulière occupée par le film dans le cœur de nombreux spectateurs. Les images de la jungle, les cérémonies des Invisibles, les séquences de chasse ou encore la découverte d’un mode de vie totalement différent nourrissent un véritable sentiment d’émerveillement mais aussi de peur.

Une œuvre bien plus profonde qu’il n’y paraît
Derrière le simple récit d'aventure qui pourrait résumer LA FORÊT D'ÉMERAUDE, se cache une réflexion moderne sur le choc des cultures et sur la destruction progressive de toute une région du monde, et de ses peuples.
Bien avant que l’Amazonie ne devienne un sujet omniprésent dans le débat public, John Boorman s’intéressait déjà aux conséquences de l’expansion industrielle sur les territoires autochtones. Le barrage construit par le personnage de Bill Markham n’est pas seulement un décor mais incarne une vision du progrès qui avance sans toujours mesurer ce qu’elle emporte sur son passage (en ce sens, l'introduction du film est très parlante : les machines détruisent tout un écosystème, ce même écosystème que le jeune Tommy observe avec fascination et qui le conduit à se perdre).
Cependant, John Boorman se garde bien d'opposer frontalement un camp vertueux à un autre. Ce qui l’intéresse, c’est la position de Tommy, partagé entre deux mondes auxquels il appartient désormais. Son parcours donne au film une dimension presque universelle autour des questions d’identité, d’appartenance et de transmission.
Cette richesse thématique explique pourquoi LA FORÊT D'ÉMERAUDE conserve aujourd’hui encore une force intacte. Là où de nombreuses productions d’aventure des années 1980 apparaissent comme les témoins d’une époque révolue, le film de John Boorman continue de parler au présent. Son regard sur la nature, son sens du merveilleux et son humanisme profondément sincère lui permettent de traverser les décennies sans perdre de son pouvoir de fascination.
