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TENET, un film à la démesure de Christopher Nolan

Posté par Alexis Lebrun le 17 mai 2021
Ce fut l’un des rares événements culturels majeurs d’une année 2020 entravée par l’épidémie de Covid-19. Sorti avec la responsabilité écrasante de « sauver » la fréquentation des salles de cinéma voire le secteur tout entier, le dernier blockbuster de Christopher Nolan est un film tout à la démesure de ce réalisateur outrageusement ambitieux, qui parvient avec TENET à l’aboutissement de son obsession de longue date pour la manipulation du temps.
Inversion du temps

Expliquer le scénario de TENET n’est pas chose facile, c’est un euphémisme de le dire. Disons qu’en apparence, il s’agit d’abord d’un film d’espionnage et d’action qui rappelle grandement les aventures de James Bond, une influence revendiquée de son réalisateur, qui est rappelons-le britannique, et qui a grandi devant les aventures de l’agent 007. Son héros à lui est plutôt du genre mystérieux aussi, puisqu’il est nommé « le protagoniste » pendant tout le film. Incarné par le très charismatique John David Washington, notre agent doit grosso modo sauver le monde d’une Troisième Guerre mondiale. Mais là où les choses se corsent, c’est que la menace vient du futur, et qu’on en trouve déjà des traces dans le présent, via des objets dont l’entropie a été inversée.

C’est le cas par exemple d’une voiture qui roule en marche arrière, ou d’une balle qui revient dans le chargeur d’une arme à feu après avoir été tirée. Ce concept assez vertigineux est au cœur de TENET, dont il n’aura bien sûr échappé à personne que le titre est un palindrome. On peut le lire dans les deux sens, et les objets ne sont pas les seuls à pouvoir inverser leur entropie : les personnages sont aussi en mesure de le faire, ce qui a des implications scénaristiques et « scientifiques » que l’on ne peut que vous laisser imaginer à ce stade. En clair, TENET est surtout un authentique film de science-fiction qui aborde des concepts très complexes comme le paradoxe temporel, chers à Christopher Nolan et à ses fans (on y reviendra).

Grand spectacle

Si la compréhension des enjeux de TENET n’est pas aisée au premier visionnage et demande une concentration de tous les instants, elle ne doit pas pour autant paralyser le plaisir que l’on ressent devant le spectacle offert par le film de Christopher Nolan. Avec son budget gargantuesque, TENET reprend la recette unique qui fait le succès du réalisateur depuis vingt ans auprès du public, soit un film aussi époustouflant visuellement qu’exigeant intellectuellement. On parle souvent de « blockbuster d’auteur » pour qualifier le cinéma de Christopher Nolan, et l’appellation conserve une certaine pertinence aujourd’hui. TENET est ainsi tourné dans deux formats très coûteux et très prisés de Nolan, soit le 70 mm et l’IMAX – qui donnent au film sa dimension épique – et comme souvent, le réalisateur a voulu utiliser le moins d’effets numériques possible, privilégiant les prises de vues réelles. Songez un instant qu’un vrai Boeing 747 a été acheté et détruit par l’équipe du film pour les besoins d’une scène impressionnante dans un aéroport. TENET est un film souvent délirant : certaines scènes ont été filmées dans les deux sens en IMAX – nécessitant la conception d’une caméra unique –, ce qui crée des images jamais vues dans l’histoire du cinéma.

Les Oscars ne s’y sont évidemment pas trompés, en récompensant le film dans la catégorie meilleurs effets visuels. TENET en met aussi plein les oreilles, puisque la musique a été composée par une figure montante à Hollywood, le jeune compositeur suédois Ludwig Göransson, déjà remarqué pour la qualité de son travail sur la série THE MANDALORIAN (Disney+). Et on n’a pas encore évoqué les décors – sublimes – choisis aux quatre coins du globe, la photographie à tomber par terre du fidèle Hoyte van Hoytema (déjà en compagnie de Nolan sur INTERSTELLAR et DUNKERQUE), et le casting, aussi solide que les abdos de John David Washington. Robert Pattinson prouve encore une fois qu’il est un grand acteur dans le rôle du partenaire du protagoniste, Kenneth Branagh nous régale en incarnant un grand méchant russe très bondien, et la grande – par le talent comme la taille – Elizabeth Debicki se démarque elle assez nettement du rôle de la James Bond girl, en jouant un rôle central dans l’intrigue, et permet aussi à Christopher Nolan d’aborder un thème d’actualité (pas de spoiler).

Chaque film en son temps

Mais la grande thématique qui irrigue toute la filmographie de Christopher Nolan quasiment depuis ses débuts, c’est évidemment le passage du temps et la façon dont il peut être déconstruit dans la fiction. Beaucoup de spécialistes ont noté les parallèles entre TENET et le film qui a révélé le réalisateur en 2000, le génial thriller MEMENTO, où les scènes en couleur – qui illustrent la perte de mémoire du personnage principal – sont présentées dans une structure narrative en sens inverse, en alternance avec des scènes chronologiques en noir et blanc, avant que les deux se rejoignent lors de la conclusion. Dans son premier blockbuster pour Warner, INSOMNIA (2002), les journées sans fin sont la conséquence des troubles du sommeil du personnage joué par Al Pacino, mais c’est avec le très tordu INCEPTION (2010) que Christopher Nolan devient pour le grand public un obsédé de ces questions, via la distorsion temporelle des rêves au cœur du film de casse mettant en scène Leonardo DiCaprio.

Le temps ne s’écoule pas non plus partout à la même vitesse dans le chef-d’œuvre spatial INTERSTELLAR (2014), en particulier dans la scène sidérante où l’équipage mené par Matthew McConaughey explore une planète faite de vagues géantes et située près d’un trou noir. Quant au film sur la Seconde Guerre mondiale DUNKERQUE (2017), il est entièrement construit autour de trois unités temporelles (une semaine, un jour et une heure) qui font vivre le même événement avec trois points de vue différents que l’on suit en parallèle. Et avec TENET, Christopher Nolan reste le maître du temps, et même de celui des spectateurs. Car si l’on veut comprendre le scénario du film, deux ou trois visionnages ne seront pas superflus. Ils ne sont nullement une corvée, car ils apportent des révélations très gratifiantes et qui donnent une autre dimension au long-métrage. Et la bonne nouvelle, c’est qu’avec myCANAL, vous pouvez jouer avec le grand puzzle temporel de Christopher Nolan autant que vous le souhaitez.

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