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365 jours à Clichy-Montfermeil : avant Les Misérables, le docu sans fard de Ladj Ly

Impossible de ne pas reconnaître les graines du film Les Misérables dans le documentaire 365 jours à Clichy-Montfermeil, sorti en 2007. Avant de réaliser son premier long métrage coup de poing, Les Misérables (2019), sur la cité des Bosquets, en Seine-Saint-Denis (qui a reçu quatre César, dont celui du meilleur film), Ladj Ly, du collectif Kourtrajmé, filmait déjà son quartier.

Le point de départ du film ? La mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, 17 et 15 ans, électrocutés dans un poste électrique dans lequel ils s’étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police, le 27 octobre 2007. Le soir même, la cité s’embrase. Quelques jours plus tard, la protestation s’étend à d’autres villes.

À Clichy-sous-Bois et Montfermeil, Ladj Ly, caméra au poing, filme tout. Les affrontements avec les forces de l’ordre. Une grenade qui atterrit dans une mosquée. Les médiateurs, qui tentent d’apaiser la situation (« Rentrez chez vous, tant que vous serez là, ils [les policiers] seront là »).

Les camions de CRS et de pompiers. Les voitures de police en flammes. Et un quartier laissé à l’abandon, où le chômage explose, où l’ascenseur social reste désespérément bloqué au rez-de-chaussée.

Des violences qui resteront dans les annales comme « les émeutes des banlieues de 2005 », et qui, à l’époque, ont fait le tour du monde. Des États-Unis à la Russie, des images de brasiers nocturnes s’affichent dans les journaux télévisés, avec des commentaires souvent exagérés et autres imprécisions.

Certains médias, notamment américains, parlent de « guerre civile », de « Paris en feu », voire d’« émeutes musulmanes » pour Fox News…

Loin de ces informations grotesques, sur place, Ladj Ly documente la vie au quartier au jour le jour, un an durant. Avec le couvre-feu, l’état d’urgence, déclaré le 8 novembre 2005, l’interdiction de regroupement.

Mais aussi les marches blanches, les manifestations pour le respect et la dignité, dans lesquelles on se demande « pourquoi nos enfants jouent dans des voitures cassées et pas sur des aires de jeu », les interventions de personnalités comme Jamel Debbouze et JoeyStarr, venus enjoindre les jeunes à voter pour peser dans la balance. « Voter ? Mais pour qui ? Qui nous représente ? » demande un homme dans l’assemblée.

Les politiques, 365 jours à Clichy-Montfermeil les montre aussi. Avec la visite du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy à Gagny, interpellé par un membre d’association, qui lui demande où en est l’enquête sur la mort de Zyed et Bouna. Ou encore un des nombreux échanges entre Ladj Ly et le maire de Montfermeil, tendu.

Surtout, ce reportage, sans voix off, donne la parole aux acteurs sociaux et à ces « jeunes de banlieue », comme ils sont étiquetés, que l’on n’entend jamais, ni sur Fox News, ni ailleurs. « Qu’est-ce que vous avez à dire ? » « On existe. On n’est pas des chiens », répond l’un d’eux. Un document précieux.

365 jours à Clichy Montfermeil, Documentaire, 25 minutes, à partir du 6 octobre sur CANAL+.