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"Antigang", une série documentaire sans langue de bois sur la longue histoire de la BRI

Après avoir consacré une de ses dernières fictions à la « brigade de recherche et d’intervention » (B.R.I), CANAL+ revient sur ces faits d’armes bien réels des six dernières décennies dans huit épisodes qui ne manquent ni de mordant ni d’anecdotes croustillantes, grâce aux témoignages des agents et des truands de l’époque.

Des cowboys des temps modernes

On ne peut pas comprendre la création de la BRI dans les années 1960 sans comprendre le contexte de l’époque. Heureusement, la série documentaire d’Emmanuel Hamon nous replonge immédiatement dedans. À l’époque, on compte plusieurs dizaines de braquages par jour à Paris, selon plusieurs témoins de la série.

Le phénomène est incontrôlable, et il oblige les autorités à prendre des mesures, notamment en créant en 1964 la BRI, avec une idée plus facile à énoncer qu’à mettre en œuvre : arrêter les malfrats en flagrant délit. Dans les médias, la BRI devient l’Antigang, une unité alors souvent composée de têtes brûlées qui ne craignent pas de se retrouver nez à nez avec des criminels aguerris qui menacent des otages.

Les anciens membres de l’unité interrogés décrivent volontiers un univers masculin viriliste, où on fait souvent plus que flirter avec la ligne jaune et les truands, que l’on traque d’ailleurs davantage pour le plaisir de la chasse et l’adrénaline que pour des raisons morales – de l’aveu même de plusieurs témoins. La série n’élude pas cet aspect, puisqu’elle consacre carrément un épisode aux bavures de ces « cowboys » des temps modernes, qui avaient la gâchette particulièrement facile dans les années 1970.

Des épisodes plus ou moins glorieux

Les archives plongent elles aussi clairement dans une autre époque, où les braquages pouvaient se terminer en fusillade digne d’un western sur les Champs-Elysées, avec les corps ensanglantés des truands exposés à la vue de tout le monde sur le macadam, au milieu des flaques d’essence et des mégots de cigarettes.

Très prenante, la série revient sur certaines grandes affaires de l’histoire de la BRI, par exemple celle de Jean-Charles Willoquet, ce braqueur patenté qui a réussi à s’évader avec l’aide de sa femme Martine, avant de se lancer avec elle dans une folle cavale digne de Bonnie and Clyde. On parcourt à toute allure soixante ans d’histoire de la BRI en découvrant à quel point ses missions ont évolué au fil des décennies.

Par exemple, les années 1970 voient une explosion du nombre de kidnappings – le célèbre enlèvement du baron Empain est raconté dans un épisode –, car il devient de plus en plus difficile d’échapper à la sécurité renforcée des agences bancaires pour les braqueurs. La BRI doit faire évoluer ses méthodes pour s’adapter à de nouvelles menaces, comme la célèbre prise d’otages de l’ambassade d’Irak à Paris en 1978, qui vire au fiasco et au drame.

De Mesrine aux attentats de 2015

Ces épisodes pas toujours glorieux sont racontés avec beaucoup de liberté de ton par des personnalités parfois truculentes, comme Jean-Bernard Vincent, ancien membre de l’Antigang qui a d’ailleurs droit à son propre épisode en raison du scandale de sa relation avec le présentateur Yves Mourousi.

Mais inévitablement, la « star » de la série est bien sûr Jacques Mesrine, dont l’ombre effrayante plane sur plusieurs épisodes, jusqu’à sa mort très controversée après son face à face mythique avec Robert Broussard, qui n’est alors pas que le patron de la BRI, mais aussi le flic le plus connu de France.

Pour les générations les plus récentes, la BRI est néanmoins surtout synonyme d’interventions armées contre des terroristes. La série consacre donc logiquement son dernier épisode à cette dernière évolution des missions de la brigade, devenue aujourd’hui une sorte d’unité d’élite suréquipée et surentraînée (façon « Robocop », selon les mots de Georges Salinas), capable d’intervenir au Bataclan le 13 novembre 20115 pour libérer tous les otages retenus par les deux derniers terroristes.

On comprend en écoutant le récit d’un des agents intervenus ce soir-là que les hommes de la BRI d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec leurs prédécesseurs, et c’est finalement plutôt rassurant.

Antigang, une série documentaire CANAL+ Docs, disponible avec CANAL+.