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Dans Face au Crime, la journaliste Mariana Van Zeller devient un vrai caméléon et perce la machinerie des marchés noirs

Posté par Emilia Cassagne le 12 janvier 2021

Face au crime avec la journaliste Mariana van Zeller plonge les téléspectateurs dans un voyage au cœur des marchés noirs les plus dangereux de la planète.
Mariana Van Zeller, déjà lauréate d’un prix Peabody et duPont mène une enquête déclinée en huit parties mettant en avant les différents trafics qui subsistent dans le monde : trafic d'armes, de fentanyl et même d'animaux...

La journaliste nous révèle avec son audace et son empathie caractéristiques que les personnes au centre de ces réseaux de trafiquants nous ressemblent souvent beaucoup plus que nous ne le pensons. 

Rencontre. 

Quelle est la situation où vous-vous êtes sentie le plus en danger ?  

Ce qui m’a le plus fait peur ? Ça ne concernait pas ma sécurité personnelle mais c’était le jour où nous avons filmé cette « mule », une femme enceinte. Elle avait laissé ses autres enfants à la maison et elle transportait du fentanyl, la plus dangereuse des drogues, qu’elle devait introduire sur le territoire des Etats-Unis. Je me sentais mal à l’aise.  

D’un côté, je ne voulais pas qu’elle aille en prison et je me sentais mal car je savais que la drogue allait traverser la frontière. J’étais sûre qu’elle allait se faire prendre. Ce qui, d’un côté, était une bonne chose car cela signifiait que la drogue n’entrerait pas aux USA. Mais, d’un autre côté, je savais ce que ça signifiait pour ses enfants… J’étais vraiment très nerveuse et déchirée entre les deux idées.  

Vous avez réalisé un épisode sur la cocaïne, c’est vrai que c’est un sujet que l’on a l’habitude de voir dans divers films, séries etc… qu’avez-vous découvert de nouveau ? 

Le concept de cet épisode était de pouvoir suivre un kilo de cocaïne à partir de l’endroit où il était fabriqué, donc dès l’origine ; c’est-à-dire, dans la plupart des cas, de la Rain Valley au Pérou. Et, ensuite, suivre son périple, quand la cocaïne passe en Colombie puis arrive aux Etats-Unis. Un de mes moments préférés de cette série documentaire, c’était la nuit qu’on a passée avec des adolescents qui faisaient sortir plein de sacs de cocaïne de la vallée en les portant sur leur dos. 

Je me souviens… J’ai passé cette nuit avec un de ces adolescents et je lui ai demandé : « Mais pourquoi fais-tu ça ? ». Il m’a répondu : « Je viens d’une famille très pauvre et j’ai toujours voulu aller à l’université ; je savais que la seule façon d’y arriver était de transporter la drogue de la Rain Valley. Je voyais bien que c’était là le seul moyen pour moi de gagner et d’économiser de l’argent pour aller à l’université ». 

Je souhaitais montrer que les gens les plus stigmatisés, ceux qu’on considère comme de mauvaises personnes, ne sont pas si différents de nous. Ils sont plus ou moins mus par les mêmes motivations. 

Pouvez-vous nous parler de l’épisode sur le trafic de tigres, une organisation assez méconnue du grand public ? 

Donc, tout ça a commencé parce que nous voulions faire un épisode sur le trafic d’animaux vivants. On ne savait pas quel animal choisir. Je me suis penchée sur le sujet et j’ai réalisé qu’il y a plus de tigres en captivité aux Etats-Unis que dans la nature. 

C’est là qu’on a compris qu’il fallait qu’on consacre un épisode au trafic de tigres. Nous avons passé pas mal de temps dans le Triangle d’Or à mener l’enquête, en nous rapprochant des cartels criminels qui travaillent sur ce marché noir. Puis on est revenus aux Etats-Unis. Parce que je pense qu’il faut regarder ce qui se passe dans le reste du monde mais aussi ce qui se passe chez nous. 

Aux USA, on utilise les tigres pour des selfies, pour des safaris photos dans des parcs animaliers. Les gens élèvent des tigres pour en tirer profit, et, vraiment, ça nous a ouvert les yeux. 

Ce n’était pas trop dur de parfois travailler avec des personnes avec qui vous ne saviez que vous ne pourriez pas accorder votre confiance ? 

Le plus grand obstacle que nous avons eu à surmonter, c’est qu’ils pensent toujours que nous appartenons à une unité policière. Vous savez, il y a toujours ces premiers rendez-vous avec ceux qui opèrent dans l’illégalité. On les rencontre, on partage un verre ou deux, on se raconte nos histoires. Et c’est seulement à partir de là qu’ils commencent à nous faire confiance, qu’ils commencent à nous croire quand on leur affirme que nous sommes journalistes. Et qu’ils nous donnent accès à leur univers.

Mais je dois dire que, moi, je dois aussi leur faire confiance puisqu’ils me font découvrir leur vie, qu’ils me donnent certaines autorisations et qu’ils acceptent de s’asseoir avec moi et de me parler de leur passé. Mais je considère que j’ai aussi une grande part de responsabilité : je dois parvenir à leur faire confiance et leur donner ainsi l’occasion de parler d’eux. 

Face au crime, une série documentaire à découvrir sur National Geographic à partir du 19 janvier 2021  
Le premier épisode en avant-première dès le 13 janvier 2021