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Irréversible, à l’envers et contre tout : retour sur le scandale Irréversible

La projection d’Irréversible, en 2002, restera comme l’un des plus grands scandales du festival de Cannes, qui en a pourtant connu d’autres. Le documentaire Irréversible, à l’envers et contre tout, de Marc Godin, revient sur la genèse, la réception et l’héritage du film le plus célèbre de Gaspar Noé, aux côtés de ceux qui l’ont fait et accompagné, réalisateur, acteurs, producteurs ou techniciens.

Celui-ci, d’une grande violence (il montre un viol et meurtre, dans une narration anti-chronologique), a failli ne pas être projeté au festival. Il le sera finalement, mais à la séance de minuit. « Les débats ont été sportifs », se souvient Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, interrogé dans le documentaire. « Mais ça ne faisait aucun doute qu’il fallait montrer un objet de cinéma comme celui-là. »

Les acteurs, Monica Bellucci, Vincent Cassel et Albert Dupontel, se disent toujours « fiers » d’avoir participé au film. Mais avant même sa sortie, une bonne partie de la presse est contre. Pourtant, tout le monde se presse pour voir ce film ovni, tourné avec des stars et une bande son composée par un Daft Punk, Thomas Bangalter. Pendant la projection, des spectateurs quittent la salle, font des malaises, insultent l’équipe.

« Cannes a besoin de son scandale chaque année. Là, il était servi sur un plateau », sourit Vincent Cassel. Comme le dit l’acteur, le festival a créé « une caisse de résonnance mondiale » pour le long-métrage, devenu objet de fascination chez de nombreux cinéastes, dans sa radicalité sans concession.

« C’est un film extraordinairement gonflé mais courageux, dit Thierry Frémaux. Très unique dans son jusqu’au-boutisme qui n’en est pas un. La vie réelle est bien pire. »

Cette violence crue, justement, comment a-t-elle été filmée ? Le documentaire revient sur la fabrication du film, constitué de longs plans-séquences, parfois insoutenables. On voit notamment comment les scènes les plus dures ont été tournées, au moyen de répétitions très chorégraphiées entre les acteurs.

Et comment l’équipe a travaillé pour obtenir cette ambiance glauque, par exemple celle de la boîte hardcore « Le Rectum », qui a été éclairée grâce à de simples ampoules peintes en rouge, pour accentuer la dimension angoissante des décors.

Un film ultra violent qui n’est pas nuances, selon les acteurs. Pour Albert Dupontel, Noé ne fait que montrer « la beauté et l'horreur de la vie ». Et qui, malgré son sujet et son interdiction aux moins de 16 ans, a fait recette, avec 600 000 entrées.

Aujourd’hui, le film est toujours étudié dans les écoles de cinéma, rappelle Monica Bellucci. Mais pour Gaspar Noé, qui l’a remonté « à l’endroit » en 2019, il serait maintenant insortable : « La représentation de la violence à l’écran pose aujourd’hui beaucoup plus de problèmes. »

Irréversible, à l’envers et contre tout, Documentaire, 52 minutes, en ce moment sur CINÉ+ FRISSON.