"Marc Levy, confidentiel" : un doc dans l’intimité de l’écrivain français le plus lu au monde
Alors qu’il vient d’adapter en série son roman "Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" (CANAL+), l’auteur aux 50 millions de livres vendus ouvre pour la première fois les portes de son quotidien très secret à un documentaire.
Une enfance discrète
Dès les premières minutes du film, Marc Levy se livre sans ambages. Il évoque des jeunes années marquées par un « désert de solitude » et avoue qu’à l’école, il rêvassait beaucoup. De cette enfance dans le sud de la France, il garde peu de souvenirs, si ce n’est la figure paternelle impressionnante de son père Raymond Lévy, ancien résistant qui côtoie le milieu intello et artistique au quotidien.
Complexé et peu à l’aise dans ses baskets, Marc Levy souffre en plus de l’antisémitisme : avec beaucoup de pudeur, il raconte les brimades reçues parce qu’il était « le seul juif de la classe ». Le passage à l’âge adulte est décisif pour lui, puisqu’après le bac, il découvre les Etats-Unis, un pays de grands écrivains dont il va tomber amoureux, et où on le retrouve dans le documentaire au volant de son combi, entre le Connecticut et New York, où il a installé son bureau.
Ce lieu où il a écrit tant de succès n’avait jamais été filmé auparavant. Mais avant cela, Marc Levy a eu une autre vie, qu’il raconte dans le film : d’abord dans l’informatique, avec sa société Logitec, puis avec son cabinet d’architecte.

Un succès fulgurant
Mais en 2000, sa vie prend un nouveau tournant. Habitué à inventer des histoires incroyables pour son fils, il en couche une sur papier et la fait lire à quelques proches. Sa sœur le pousse à l’envoyer à un éditeur, persuadée qu’il sera publié. Elle voit juste car Susanna Lea – qui travaille à l’époque chez Robert Laffont et est devenue l'agente de Marc Levy – voit immédiatement le potentiel du livre.
Interviewée dans le film, elle raconte comment elle a dû le persuader d’accepter l’idée de vendre les droits pour une adaptation au cinéma. Initialement très rétif, il finit par plier quand il reçoit un appel de Steven Spielberg, moment surréaliste soigneusement conservé dans ses archives. Après une grosse bataille entre studios hollywoodiens, c’est le "Roi du Divertissement" qui emporte la mise.
Déjà un énorme succès lors de sa publication en livre en 2000, Et si c'était vrai... sort au cinéma en 2005. Quant au roman, il fait le tour du monde et est traduit dans d’innombrables langues, conservées elles aussi dans la bibliothèque de l’auteur.

Des critiques assassines
Mais le milieu littéraire parisien n’est pas aussi enthousiaste avec la nouvelle star de l’édition. Le documentaire consacre ainsi une large partie aux critiques assassines reçues par Marc Levy dans les médias, et les conséquences sur sa famille. Sa cousine Julie Andrieu et sa compagne Pauline Lévêque en témoignent dans le film. La première raconte comment cela a affecté les parents d'écrivain, et la deuxième évoque aussi sa souffrance et celle du fils de Marc Levy, harcelé à l’école en raison du nouveau statut de son père, ce qui les conduira à déménager aux Etats-Unis.
Pourtant, lui n’a que faire de ne pas être accepté comme écrivain : il raconte avec le sourire comment certaines librairies vendaient ses livres en cachette, et avoue avoir redoublé d’efforts pour donner tort aux critiques. Il se confie au passage sur son processus d’écriture, où il s’enferme pendant des semaines dans son bureau, pour se noyer dans le travail jusque très tard. Et une fois qu’il a terminé, il se transforme en rockstar de l’édition, en parcourant le monde entier pour dédicacer ses livres à un public qui lui reste toujours fidèle, et ce quel que soit le style de ses romans.
Mais comment expliquer ce rapport de confiance si durable entre Marc Levy et ses lecteurs ? Ses proches interrogés dans le film – Daniel Picouly, Miguel Courtois, Jean Reno, Nathalie André... – apportent quelques clés, mais c’est peut-être Guillaume Gallienne qui en parle le mieux, qualifiant avant tout cet observateur très fin du quotidien comme un « inventeur d’histoires » plus que comme un homme de lettres. Et s’il a mis très longtemps avant de se dire lui-même écrivain, Marc Levy célèbre en conclusion le pouvoir rassembleur de la littérature. Une manière d’assumer totalement son statut d’écrivain populaire.

Marc Levy, confidentiel, un documentaire disponible dès le 28 novembre sur CANAL+ Docs.
