"Omerta", la série documentaire sur le terrible gang corse de la Brise de mer
Réalisée par Franck Guérin, cette nouvelle Création Documentaire en quatre épisodes plonge dans les arcanes du célèbre groupe mafieux corse, qui a longtemps fait trembler l'Île de Beauté en imposant une violence et une loi du silence rarement égalées.
Une impunité totale
C'est l'histoire d'une ascension au pouvoir digne du Parrain. À la fin des années 1970, de jeunes loups aux dents longues ont envie de prendre le pouvoir sur la Corse. Réunis dans un café bastiais nommé La Brise de mer, ces corses parfois très bien nés sont loin d'avoir des profils de tueurs, mais c'est ce qu'ils vont devoir devenir pour déloger le vieux parrain du coin, Louis Memmi, qui règne notamment sur le business florissant des machines à sous installées dans les bars.
Le type est loin d'être un enfant de chœur, mais ses méthodes ne sont en rien en comparaison de la radicalité de ceux qui décident de l'éliminer en septembre 1981. Après l'avoir liquidé, le gang de la Brise de mer prend possession de son empire en n'hésitant pas à refroidir quiconque se met en travers de son chemin ou ose briser l'omerta, comme le malheureux propriétaire d'une discothèque, dont le meurtre aurait pourtant pu coûter cher.
Mais comme le raconte le premier épisode du documentaire, centré sur le procès de l'affaire, la loi ne s'applique pas de la même façon à ces personnages qu'on croirait là encore sortis de la trilogie de Francis Ford Coppola. L'intimidation fait partie intégrante de leur stratégie, et ils n'ont absolument pas peur de l'imposer aux policiers, aux juges, aux procureurs, aux jurés et à tous les témoins gênants.
Le récit du procès fait par l'avocate des parties civiles fait d'ailleurs plutôt froid dans le dos, puisqu'elle raconte comment des dizaines de mafieux corses du gang ont envahi la ville de Dijon où était jugée l'affaire, une ville justement choisie au départ pour éviter toute pression ! Et on ne parle même pas des liens avec les politiques, qu'ils soient élus au niveau local ou national…

Une multinationale du crime organisé
Avec une telle impunité, le gang de la Brise de mer a évidemment pu grossir de façon démesurée, l'argent des braquages et des casses souvent spectaculaires servant à alimenter des activités légales de plus en plus variées en Corse et ailleurs. Eh oui, ce groupe ne se contentait pas de racketter largement tous les commerçants du coin. Il se livrait aussi à des attaques à main armée parfois retentissantes, comme le fameux "casse du siècle" de Genève en 1990, où une somme colossale a été volée, et auquel le troisième épisode est consacré.
À l'époque, le gang est tout-puissant et est aussi implanté en métropole voire dans des pays étrangers comme une véritable multinationale. L'argent est abondamment blanchi un peu partout, par exemple dans le foot (le Bernard Tapie président de l'OM apparaît dans la série), où les joueurs de Bastia n'hésitent pas à fournir des alibis aux gangsters en cas d'affaire embarrassante.
Outre ces anecdotes souvent aussi sanglantes que rocambolesques, la série permet surtout d'en apprendre davantage sur l'organisation forcément très secrète de la Brise de mer, grâce à des récits d'authentiques voyous qui décrivent une sorte de groupe horizontal – initialement formé par douze mafieux – qui se passe de chef et où on se partage les gains équitablement comme dans une utopie politique.
Mais évidemment, les grands principes ne font pas long feu quand des centaines de millions sont en jeu, et la Brise de mer finira par se fracasser sur la rivalité entre deux fortes personnalités, une guerre fratricide racontée en conclusion de la série dans le dernier épisode. Le règne sanglant de la Brise de mer aura duré une trentaine d'années, et il fallait bien quatre heures pour le retracer.

Omerta, une série documentaire disponible avec CANAL+
