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Robin des bois et criminel, les deux visages de Pablo Escobar

En Colombie, qui est à la fois vénéré comme un héros national et haï comme l’ennemi de la nation ? Pablo Escobar, bien sûr, l’un des plus grands barons de la drogue qui ait jamais existé. Cette dualité, Sebastian Marroquin n’en est que trop conscient.

Fils de Pablo Escobar, né Juan Pablo Escobar Henao en février 1977, il ne fait pas partie de ceux qui idolâtrent aveuglément son géniteur. Pourtant, ils sont nombreux : chaque année, des hordes de « narco-touristes » convergent vers ce pays d’Amérique du Sud pour marcher sur les traces du « Padrino », font des pèlerinages dans ses anciennes villas, s’y prennent en photo, achètent des t-shirts et des coques de téléphone à son effigie.

Sebastian Marroquin, lui, est forcément plus tiraillé à propos de ce père à l’héritage on ne peut plus encombrant. « Mon père a causé du tort à notre pays, je dois le reconnaître » admet son fils, aujourd’hui exilé et menacé de mort, qui décrit quand même finalement un père de famille qui aimait l’art et la musique, faire de la moto avec ses enfants, et se piquait de monter un zoo dans sa luxueuse hacienda (photo).

Et aussi, qui a beaucoup fait pour une partie de la population, construisant des écoles, rénovant les favelas. Il offrait même des maisons aux habitants défavorisés de Medellin. Sa veuve, Victoria Eugenia Henao, rappelle que son mari avait voulu se lancer en politique, et même, paradoxalement, bâti des stades, pour tenir les jeunes éloignés de la drogue…

« J’étais fière de ses rêves et projets dit sa femme, fière de la foi qu’il avait dans le pays. » Une « foi » qui ne l’a pas empêché de faire sombrer le pays dans la violence, et de terroriser sa population, victime collatérale d’une guerre sans merci entre cartels dès les années 1980.

« La société colombienne était terrifiée, car on n’était pas prêt à affronter un monstre d’une telle enverguer et d’une telle richesse », explique un journaliste dans le documentaire.

Un jour, après un attentat lors d’une corrida, le petit Juan supplie son père supplie d’arrêter, arguant que sa mère aurait pu figurer parmi les victimes. « Écoute fiston, une guerre c’est une guerre, il y aura toujours des victimes, et tant pis si ça tombe sur ma mère », lui aurait répondu le roi de la cocaïne…

« Il avait deux visages », abonde sa femme. « Il était extrême dans la générosité et l’amour, comme dans la violence et la destruction », conclut son fils. Deux facettes antinomiques qui ne cessent de hanter la Colombie, vingt-sept après sa mort.

Moi, fils de Pablo Escobar, Documentaire en deux parties, 60 min, en juillet sur PLANÈTE+.