Cette série CANAL+ raconte le secret rap le mieux gardé des années 80
Au milieu des années 80, un minuscule concept-store de Stalingrad a changé la bande-son de la France. Son nom ? Ticaret. Quarante ans plus tard, le docu-fiction de CANAL+ retrace en deux épisodes comment cette boutique visionnaire, moitié caverne d’Ali Baba, moitié vortex hip-hop, a façonné les premiers pas d’un mouvement encore balbutiant.
Stalingrad, berceau inattendu du hip-hop français ?
Milieu des eighties, à une époque où le rap n’a pas encore pignon sur rue, la boutique TICARET surgit à proximité de Stalingrad (Paris) comme un improbable laboratoire. Aux commandes : un duo qui n’a rien demandé à personne mais va tout déclencher. D’un côté, Françoise Hautot, passée par les cabines d’essayage de Saint Laurent et passionnée de mode ; de l’autre, Dan Fourneuf, gamin de banlieue fan de rollers, habitué du Palace, spécialiste des livraisons… et de l’électricité. Ensemble, ils importent des fringues, des accessoires et des disques venus des États-Unis, avant d’installer un studio de fortune au sous-sol. Résultat : un minuscule local où l’on croise tour à tour NTM, Cut Killer, DJ Mehdi, Assassin, JoeyStarr, Mathieu Kassovitz, Doc Gynéco… et un certain Booba, venu faire un stage à 17 ans.
« Je suis un des enfants de Ticaret, je sais pas si les gens se rendent compte de ce que cela a pu apporter à l’époque », rappelle le rappeur dans le premier épisode. Quant à Oxmo Puccino, il résume l’endroit en une phrase : « C’était une espèce de portail interdimensionnel dans lequel tu te retrouvais à New-York, à Londres et même dans un Paris du futur ».

Un ovni audiovisuel pour raconter la naissance d’un mythe
Avec TICARET, CANAL+ ressuscite ce lieu disparu dans un docu-fiction en deux volets, au montage psychédélique et à la bande-son de l’époque, fusion brute entre rap, rock et early hip-hop. Pour porter cette épopée, le réalisateur J.O.E. l’Extraterrestre a fait appel à Reda Kateb, choisi « pour son talent de conteur » et une voix taillée pour murmurer l’histoire d’un monde en construction.
Car Ticaret, comme on le comprend rapidement en dévorant les deux épisodes d'une heure chacun, ce n’était pas seulement un magasin. C’était un sas vers une culture qui déboulait sans prévenir. « On était là pour l’accouchement du hip-hop », confie Françoise Hautot. Une phrase qui dit tout : dans cette arrière-boutique de Stalingrad, la France découvrira une identité musicale neuve, rugueuse démocratisant "l'extravagance accessible".
CANAL+ en fait aujourd’hui un récit total, mélangeant archives rares, fiction stylisée et animations, pour rappeler comment un commerce de quartier a déclenché l’une des plus grandes révolutions culturelles contemporaines. Une histoire méconnue, mais absolument fondatrice des courants actuels menés par d'anciens clients qui ont depuis largement fait carrière.
