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L’ENTRETIEN DE THOMAS LILTI

Chloé, Alyson, Arben et Hugo ont été transformés par les évènements de la saison 1,
comment les avez-vous imaginés en saison 2 ?

Avec mes co-auteurs, nous avons souhaité que les personnages s’inscrivent dans la continuité de la saison 1. Néanmoins, leurs problématiques se sont complexifiées. Comme tous les soignants, ils continuent à se prendre de plein fouet la violence d’un hôpital exsangue. Leur collectif est sans cesse mis à mal mais c’est pourtant ensemble qu’ils trouveront les ressources pour s’en sortir. Chloé commence cette nouvelle saison avec un handicap de taille car elle a perdu l’usage d’une main, elle n’est plus la médecin qu’elle était. Mais plus grave encore, elle a perdu confiance en elle, ce qui la fragilise dans l’exercice de son métier et l’amène à des erreurs de jugement. Plus personne ne croit vraiment en elle. Mais les épreuves et les obstacles qu’elle va affronter ainsi que le retour d’Arben vont lui permettre de retrouver la confiance nécessaire à redevenir une bonne médecin et à découvrir une part d’humanité qui lui faisait parfois défaut. Arben a disparu depuis plusieurs mois quand commence la saison 2. Un concours de circonstances l’oblige à revenir et une fois encore on a besoin de lui. Lui, le médecin « sans diplôme » voué à la clandestinité s’avère précieux et indispensable. À l’image du sort réservé aux médecins étrangers en France, quand on a besoin de lui, l’institution ferme les yeux sur l’illégalité de sa situation, quand on n’a plus besoin de lui, on l’écarte sans ménagement. Prêt à tout pour pratiquer la médecine (sa raison de vivre), Arben surfe sans cesse entre les non-dits et l’illégalité. Il ne cesse de questionner ce qui fait le médecin : les compétences ou le diplôme ? Au départ, Alyson n’est pas portée par une grande ambition, elle se voit bien continuer la médecine générale avec Hugo. Mais l’arrivée des urgences dans son service va tout remettre en question. Se découvrant, un peu malgré elle, particulièrement performante, Alyson s’émancipe et épouse une nouvelle vocation : devenir urgentiste. Elle doit alors apprendre à composer avec son ambition et son conflit de loyauté envers Hugo. Depuis la saison 1, Hugo est en proie au doute. Il ne se sent pas totalement fait pour ce métier qu’il trouve trop dur et trop violent et souffre de l’image de « dilettante » qu’il renvoie malgré lui. Car si Hugo n’est pas armé pour la violence du monde hospitalier, il développe en revanche une profonde empathie avec les patients. Mais cette qualité n’en est pas vraiment une au coeur d’une institution hospitalière où rien ne fonctionne correctement. Manque de temps, de moyens et de personnel, à l’hôpital les soignants ne peuvent plus correctement faire leur métier ce qui occasionne beaucoup de souffrance. Lucide, Hugo sait que dans cet univers, une catastrophe en amène toujours une autre.

Le chef des urgences, incarné par Bouli Lanners, fait son apparition en saison 2. Il s’impose comme un personnage central…
C’est un personnage charismatique. Un médecin très investi, qui cherche toujours des solutions, même dans des conditions de travail détériorées. Avec la devise : on continue à faire de notre mieux. Mais son personnage, le docteur Brun, est aussi un maillon du système : il impose son exigence aux jeunes internes, moins solides que lui. Son management est pafois brutal. On retrouve cette brutalité dans la hiérarchie hospitalière, souvent excusée par l’investissement mis à soigner.


Le choix de Bouli Lanners vous semblait-il évident ?
Oui. Il s’est imposé dès l’écriture. Je voulais que le Dr Olivier Brun soit un personnage physique avec une autorité naturelle. Mais qui puisse être aussi empathique. Grâce à la personnalité de Bouli Lanners, l’attachement au personnage est immédiat. Il ne fait aucun doute qu’il est un bon médecin, respecté de ses internes qui ne veulent pas le décevoir. Bouli Lanners incarne une figure moderne et ultra réaliste du médecin hospitalier : celle d’un médecin urgentiste de terrain.


Pourquoi avez-vous choisi de traiter de la prise en charge des urgences dans cette saison 2 ?
Je désirais insuffler un rythme nouveau à la série sans pour autant revoir tout ce qui avait été inventé en saison 1. L’idée m’est venue de rapatrier le service des urgences dans le service de médecine interne de nos héros. L’intérêt était double : raconter la violence d’un service des urgences avec des médecins en première ligne et montrer un service où le personnel n’est pas préparé à affronter cette mission. Comme une métaphore de l’hôpital d’aujourd’hui où les soignants sont débordés et où l’outil de travail se délite. Cette saison a été écrite et en partie tournée avant la crise de la COVID-19 mais elle me semble on ne peut plus d’actualité en montrant un service au bord de l’implosion. Un hôpital déjà en souffrance où le moindre accroc peut se transformer en catastrophe.


La deuxième saison débute alors qu’une canalisation d’eau a rompu. Est-ce une métaphore pour signifier que l’hôpital est en train de couler ?
L’hôpital s’abîme, se noie. Que vont devenir l’équipage et les malades à bord du paquebot ? Dans ces huit épisodes, il va falloir écoper. Comment s’organise-t-on et quelles sont les décisions à prendre lorsque seules de mauvaises solutions s’offrent à nous ? Un événement dramatique survient dans cette saison qui démontre que le personnel soignant a beau se battre corps et âme, la situation est critique. Les soignants souffrent car on ne leur donne pas le bon outil pour travailler, avec les conséquences que cela implique pour tout le monde. 

La pandémie de COVID-19 s’est invitée pendant le tournage, et vous avez repris du service en tant que médecin pendant le premier confinement. Qu’avez-vous tiré de cette expérience ? A-t-elle nourri cette saison 2 ?
Retourner travailler à l’hôpital est une expérience qui m’a chamboulé, la réalité et la fiction se mélangeait. Le scénario de la saison 2 est à l’image de ce qu’il s’est passé pendant le confinement, à l’échelle d’un service hospitalier, avec des malades qui arrivent en masse. Un hôpital délabré, des soignants qui souffrent et la COVID-19 qui s’invite …tant qu’on ne décidera pas de sauver l’hôpital public français, les choses iront de mal en pis, et une catastrophe en amènera toujours une autre plus importante…


Avez-vous travaillé de la même manière sur les saisons 1 et 2 ?
Il était très important pour moi de continuer avec la même équipe. Tous les acteurs forment une véritable troupe. Chacun joue un rôle essentiel. Les rôles principaux bien sûr mais aussi Théo Navarro-Mussy qui joue Igor, Géraldine Nakache la directrice de l’hôpital, Anne Consigny, la cheffe de la réanimation, tous les soignants du service et les autres internes de l’hôpital. À l’écriture, j’ai retrouvé mes co-auteurs de la saison 1, Claude Le Pape et Anaïs Carpita, qui ont une connaissance totale des personnages. Avec la collaboration de Julien Lilti depuis la 1ère saison mais également Mehdi Fikri et Charlotte Sanson qui les ont rejoints pour la saison 2. Les équipes de tournage et de post-production sont les mêmes que sur la saison 1, ce qui nous a tous permis de gagner encore en liberté. La musique qui participe à donner son identité à la série a été composée par les mêmes musiciens qu’en saison 1 : le groupe LoW Entertainment. La saison 2 doit également beaucoup aux centaines de figurants qui ont travaillé pendant ce tournage marathon de 127 jours. Issus pour beaucoup du monde médical, ils participent à donner ce sentiment de réalisme à la série.