Aller au contenu principalAller à la recherche

20 ans de DEXTER : comment la série a inventé la figure de l'anti-héros moderne

Le 1ᵉʳ épisode de DEXTER a été diffusé en octobre 2026 sur Showtime avant d'arriver chez nous sur CANAL+. Vingt ans et plusieurs saisons après, on revient sur ce qui a marqué les fans : son héros. Pardon, son anti-héros.

DEXTER, de l'antagoniste au protagoniste

Nous sommes en octobre 2006 et BREAKING BAD n'est même pas encore un projet. De l'autre côté, LES SOPRANOS a prouvé que le public pouvait suivre pendant plusieurs saisons des criminels. Showtime tente alors un pari : faire du serial killer, ce méchant récurrent de tout bon film ou série policière et dont des shows comme ESPRITS CRIMINELS ont fait leur figure de proue, non plus l'ennemi à abattre, mais le personnage à apprécier. 

Dès le début, DEXTER, que vous pouvez encore retrouver via CANAL+, a réussi à brouiller notre boussole morale : peut-on apprécier un tueur sociopathe qui prend plaisir à faire souffrir ses victimes ? Oui. Et ce grâce à deux leviers scénaristiques extrêmement malins : l'identité des victimes et un code. 

Car Dexter Morgan ne tue pas n'importe qui : il s'en prend aux criminels qui échappent à la justice. C'est un tueur de tueurs. Dès l'instant qu'il ne s'agit pas d'innocents, on est moins en empathie pour les victimes et on est prêt à soutenir Dexter dans sa quête. De l'autre, le "code Harry" enseigné par son père qui l'empêche justement de sombrer à ses plus noires pulsions. Le fantôme de son père qui apparaît tout du long de la série agit comme une forme de conscience et nous rapproche, nous spectateurs, du personnage. Ce n'est plus un tueur inhumain, c'est un "justicier" avec ses défauts.

Oui, DEXTER aura eu raison de notre moralité et encore plus quand notre "anti-héros" fait des victimes dans les rangs de la police. Veut-on qu'il soit arrêté ou qu'il s'en sorte ? La longévité de la série, encore présente aujourd'hui avec la seconde saison en approche pour DEXTER RESURRECTION, répond à cette question. 

Michael C. Hall, le double jeu

Une figure de héros qui ne serait rien sans son interprète. Bien qu'il ait brillé dans SIX FEET UNDER, Michael C. Hall a obtenu, avec DEXTER, le rôle d'une vie. On peut même dire, le double rôle d'une vie. 

Parce que toute la beauté de la série réside dans cette dualité entre deux Dexter : l'un est un expert scientifique de la police de Miami, peu à l'aise avec les gens, maladroit et protecteur envers sa sœur. Il a des amis, une copine, reste serviable quoi qu'il arrive et ne ferait pas de mal à une mouche. Et puis il y a le tueur froid, méthodique, qui collectionne une goutte de sang de chacune de ses victimes puis les découpe et les jette dans l'océan. 

Outre la voix du narrateur qui permet d'entendre ses sombres pensées, il y a le jeu de Michael C. Hall, s'inspirant fortement d'une version obscure de Clark Kent / Superman, qui rajoute beaucoup de physique à son interprétation. Dans le mouvement, le regard, la façon qu'il a de se battre, on a l'impression qu'il peut changer de tout au tout. Une confidence que seuls lui et le spectateur partagent, de sorte qu'on est constamment "avec" lui. On aime Dexter, car il n'y a qu'à nous qu'il dit la vérité. Nous sommes coupables par association. Et vingt ans après, c'est toujours le cas.