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3615 Monique (OCS), série jouissive sur l'odyssée du Minitel rose

Posté par Alexis Lebrun le 30 novembre 2020
Si la récente disparition de Valéry Giscard d'Estaing vous rend nostalgique de l’époque des écrans cathodiques et des profs qui fument en amphi, 3615 Monique est peut-être la série qu’il vous faut. Et même si vous ne regrettez pas les années 1980, cette nouvelle production française diffusée par OCS possède de solides arguments pour vous convaincre de rester devant l’écran.
« Quand l’écran s’allume, je tape sur mon clavier »

Disparu pour de bon en 2012, le Minitel est une institution de notre pop culture, car il a été une fierté technologique nationale pour toute une génération. Et même si l’on n’a pas connu l’époque de cet ancêtre d’Internet, on a généralement une vague idée de ce qu’était cette drôle de machine, grâce à un service mythique qui tient en deux mots et qui a même donné naissance à un tube de Polnareff : Minitel rose. Un concept qui a aussi fait la fortune d’un jeune étudiant nommé Xavier Niel, dont l’histoire semble d’ailleurs avoir inspiré 3615 Monique.

Au début des années 1980, des expérimentations sont menées dans plusieurs régions de France avec cette drôle de machine connectée au réseau téléphonique et qui permettait d’accéder à différents services en ligne, à une époque où Internet n’existait pas. Ce fut notamment le cas dans les Yvelines, où des milliers de foyers ont reçu un Minitel. C’est là que se situe l’action de 3615 Monique, où l’on suit le parcours de trois étudiants de la fac de Jouy (drôle de coïncidence) : Stéphanie (Noémie Schmidt), la fille tenace et débrouillarde qui déçoit les attentes de ses parents très aisés et snobs, Simon (Arthur Mazet), le geek surdoué, coincé, puceau et bonne poire brimé par l’éducation de ses parents, et enfin Toni (Paul Scarfoglio) qui représente son opposé, soit le mec cool, décontracté, à l’aise avec les filles et qui a un don pour la tchatche. Ensemble, ils découvrent par hasard le potentiel économique du Minitel en créant une première messagerie érotique qui préfigure les rencontres sur Internet et les réseaux sociaux.

Une plongée délicieuse dans les années Mitterrand

Quand la série commence au début des années 1980, la France est encore très coincée dans le carcan catholique et giscardien de la décennie précédente. Ces valeurs très traditionnelles sont illustrées par les parents du personnage principal, couvé par une mère au foyer trop attentionnée (hilarante Anne Charrier), et dont le père est un imprimeur radin qui une peur bleue de la gauche. Le sexe est un sujet tabou, et leur fille découvre sa sexualité en cachette pendant les cours de catéchisme. Quand François Mitterrand est élu en 1981 dans le troisième épisode, c’est donc une vraie déflagration pour tous les personnages.

Les jeunes qui étouffaient ont le sentiment de prendre le pouvoir, et une nouvelle révolution sexuelle illustrée par l'arrivée du Minitel rose commence. 3615 Monique met en évidence une connaissance subtile des réalités sociales et des mœurs d'alors grâce à ses dialogues, mais un travail très important a aussi été réalisé sur les décors et les costumes pour reproduire notamment l’atmosphère des foyers de cette époque. Cette attention portée aux détails est aussi appréciable sur le plan visuel : les épisodes sont tournés au format 4/3 des télés d'autrefois, avec un grain qui met aussi bien en valeur les couleurs et la mode des années 1980.

Entre The Social Network et Les Beaux Gosses

Si on retrouve dans 3615 Monique l’humour très réussi qui a fait la réputation de la série française Dix pour cent, ce n’est pas un hasard. Les deux projets sont portés par la même société : Mon Voisin Productions. La façon dont la série traite la jeunesse évoque aussi les films de Cédric Klapisch, et certains de ses personnages comme sa façon d’évoquer la sexualité rappellent aussi Les Beaux Gosses, film culte de Riad Sattouf. Mais pour donner vie à une série sur une révolution technologique, les créateurs de 3615 Monique ont ostensiblement pris exemple sur les références anglo-saxonnes du genre.

La plus flagrante est sans doute The Social Network, puisque l’on retrouve dans l’épopée des personnages de 3615 Monique les mêmes préoccupations et trahisons d’une jeunesse douée mais isolée, sans parler de la bande-originale qui ne cache pas ses clins d’œil à celle composée par Trent Reznor et Atticus Ross pour le chef-d’œuvre de David Fincher. La série évoque aussi évidemment la comédie Silicon Valley, mais surtout la pépite Halt and Catch Fire, où l’on suivait les débuts du PC dans les années 1980. Bref, il n’y a là que d’excellentes références, et comme le Minitel en son temps, 3615 Monique n’a pas à rougir face à la production de l’oncle Sam.

3615 Monique épisodes 1 à 10, diffusés à partir du 17 décembre sur OCS, disponible avec CANAL+.