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Attachez votre ceinture, VTC vous embarque dans l’avenir des séries

Posté par Marc Larcher le 15 octobre 2021
Déclinée en épisodes ou en long-métrage, la création de Julien Bittner invente un genre nouveau : une histoire où le spectateur est enfermé avec l’héroïne dans sa voiture. Aussi réussi que stressant.
Un thriller autant psychologique que technologique

Il fallait oser. Au moment où les séries ont envahi tous les écrans, alors qu’elles deviennent de plus en plus énormes et complexes, repartir d’une feuille blanche et inventer un concept novateur aussi minimaliste que percutant. Unité de lieu : une voiture, ou plutôt un « véhicule de tourisme avec chauffeur » qui circule dans Paris et sa banlieue. Unité de temps : la nuit à notre époque. Un personnage central : la chauffeuse, Nora (Golshifteh Farahani), une femme en perdition. Un ennemi : un mystérieux employeur (Gringe). Ainsi pendant cinq épisodes, le spectateur va suivre le parcours de Nora au gré de ses courses. Au début de la série, elle remplace au pied levé son frère, lui aussi chauffeur de VTC, après qu’il a eu un accident. Dès lors, elle est employée par un nouveau boss via une appli cryptée. Première surprise : elle ne transporte plus des passagers mais des sacs dont elle ne doit pas regarder le contenu, elle est très bien payée et en cash. C’est avec ce scénario ultra-contemporain et mystérieux que VTC hameçonne le public.

Nora, sublime héroïne accro aux amphétamines

Dès lors, on peut suivre les aventures de Nora épisode par épisode ou regarder l’ensemble d’un seul tenant sous forme de long-métrage. C’est le dernier moment de maîtrise du spectateur qui, quel que soit son choix, va se retrouver littéralement promené par les concepteurs de la série. D’une part, le personnage de Nora, aussi belle que désespérée, est particulièrement attachant. Accro aux amphétamines, elle vit dans sa voiture en attendant de réunir l’argent nécessaire pour louer un appartement et obtenir la garde partagée de sa fille. Le contexte social de la France de 2021 n’est donc pas du tout oublié. D’autre part, VTC est également une plongée dans un univers underground rarement vu sur les écrans. Un monde de parkings souterrains, de trafics illicites, de clients effrayés et effrayants, d’employeurs invisibles et d’hommes de main menaçants. Avec, pour relais avec cet inframonde, le smartphone de Nora sur lequel lui sont transmis les ordres auxquels elle doit immédiatement répondre. La violence est donc tout autant physique que psychique et technologique. Pour l’incarner, on retrouve au sommet de cette chaîne alimentaire, Gringe, le créateur surdoué de l’appli et du réseau, aussi dictatorial qu’invisible.

Un récit aussi fort que les séries US

Avec une forme aussi léchée – on a rarement vu Paris et sa banlieue aussi bien filmés de nuit -, VTC réussit l’exploit de rivaliser avec les séries anglo-saxonnes. On pense à DEVS d’Alex Garland (2020), la série de HBO sur une jeune femme enquêtant sur la compagnie technologique qui l'emploie, qu'elle soupçonne d'être à l'origine du suicide de son petit-ami. On pense également à THE NIGHT OF de Richard Price et Steve Zaillian (2016), autre série HBO racontant les mésaventures d’un jeune homme ayant emprunté le taxi de son père et mêlé à un meurtre. Ou encore à LOCKE, le film de Steven Knight (2013) dans lequel Tom Hardy passe toute la durée du film enfermé dans sa voiture à communiquer au téléphone. En d’autres termes, on assiste en direct à un double événement : d’un côté, les tribulations de Nora pour survivre dans un monde cynique et ultraconnecté et de l’autre, à l’avènement d’un format, d’un ton scénaristique et visuel encore jamais vus en France. La preuve ? On n’a jamais regardé notre propre smartphone pendant les cinq épisodes.

VTC, à partir du 1er novembre sur CANAL+.