CHUCKY : comment la poupée tueuse est devenue une icône gay ?
De simple jouet possédé dans les années 1980 à symbole queer assumré dans la série actuelle, le personnage de Chucky a connu une métamorphose fascinante. Retour sur l’évolution du tueur en plastique le plus célèbre du cinéma d’horreur.
De la peur à la fierté
En plus de 35 ans, la poupée tueuse en plastique a su évoluer avec son temps, jusqu’à devenir une figure queer revendiquée. Célébré autant pour son humour noir que pour son message d’inclusion, ce monstre fictif est devenu porte-parole de la communauté LGBTQ+. Une chose que Don Mancini, son créateur, n’avait sûrement pas imaginée en sortant JEU D’ENFANT, premier volume de la franchise, en 1988. À l’époque, celui-ci se moque des conventions hollywoodiennes, reprenant les codes du genre en mêlant horreur et ironie.
Possédé par l’esprit d’un tueur en série, CHUCKY est à l’origine une critique de la société de consommation et de la peur de l’intime, des objets du foyer qui se retournent contre nous. Rien d’une icône queer, donc. Mais au fil des suites, la saga prend une tournure plus assumée. Scénariste et réalisateur ouvertement gay, Don Mancini injecte progressivement une sensibilité différente, alors que les droits des personnes LGBTQ+ sont aujourd’hui remis en questions aux États-Unis. Dans LE FILS DE CHUCKY, le personnage de Glen/Glenda, enfant non-binaire, devient la première figure de genre fluide dans une franchise d’horreur mainstream. Déjà à cette époque, Don Mancini aborde l’identité de genre et la différence avec humour et tendresse. Et derrière les meurtres et les punchlines, la saga parle de tolérance, de marginalité et de la peur d’être rejeté.

Une série inclusive et ouvertement queer
Avec la série CHUCKY disponible sur Paramount+, Don Mancini parachève cette évolution. On suit ici Jake Wheeler, un adolescent gay harcelé dans son lycée, qui découvre la poupée maléfique dans un vide-grenier. En l’intégrant au cœur d’une intrigue LGBTQ+, Mancini fait de Chucky un symbole de libération autant qu’un outil de provocation. Celui-ci devient le mentor tordu d’un jeune homme en quête d’identité. La poupée encourage Jake à s’affirmer, à assumer ses désirs mais aussi à se venger de ses oppresseurs.
En reprenant les codes du slasher, la série place alors l’identité queer au centre du récit et non à la marge. Dans cet univers habituellement hétérocentré qu’est le slasher — le couple d’ados qui se fait attaquer en explorant ses désirs par exemple, la différence étant souvent l’élément monstrueux —, Mancini transforme ainsi Chucky en manifeste pop pour les communautés marginales. À travers ses dialogues, Chucky se qualifie lui-même “d’allié” de la communauté — une blague, certes, la poupée étant quand même l’esprit d’un tueur en série… Mais si le tueur en plastique continue de massacrer sans remords, il le fait aujourd’hui en portant un message : être différent n’a jamais été aussi cool, même si cela peut être parfois sanglant.
