La Caza Guadiana : le retour du thriller espagnol pétri de noirceur
Toujours scénarisée par le spécialiste du roman noir Agustín Martínez, cette troisième saison de La Caza ("La Chasse") prend la direction du fleuve frontalier entre le Portugal et l'Espagne, pour une nouvelle enquête sombre et poisseuse à mi-chemin entre le Nordic Noir et True Detective.
Esprit malfaisant
Après deux premières saisons captivantes situées dans les Pyrénées (La Caza Monteperdido) puis à Majorque (La Caza Tramuntana), l'un des meilleurs thrillers espagnols des dernières années se rend donc à la "Frontera del Guadiana", dans un village situé en bordure du fleuve à la frontière portugaise, dans le sud de l'Espagne. Mais derrière ces nouveaux paysages naturels spectaculaires, le mal guette toujours.
Le premier épisode de cette saison 3 s'ouvre en effet en 2010 avec un triple meurtre sanglant qui secoue la petite communauté locale. Le coupable condamné par la justice est Mario, un jeune souffrant d'un trouble de la personnalité borderline, qui blâme lui un mystérieux esprit malfaisant, Duarte. Après avoir été enfermé douze années dans un hôpital psychiatrique, Mario en sort en 2022, période de cette nouvelle saison (mais qui alterne comme la précédente entre deux temporalités).
Et voilà que comme par hasard, dès sa remise en liberté, la fille qui l'obsédait douze ans plus tôt (Alicia) disparaît brutalement… Nos deux inspecteurs de la Guardia Civil (Selva et Gamero) sont dépêchés sur place pour enquêter, bientôt rejoints par une Sara enceinte jusqu'au cou.
Celle-ci ne travaille plus pour la police, mais elle vient pour prouver l'innocence de Mario, dont elle restée proche pendant son internement. Si on ajoute les liens personnels de Sara avec ses deux anciens collègues, son arrivée dans un contexte local déjà explosif risque bien de faire des étincelles.

Un air de True Detective
Comme d'habitude, la série joue avec nos nerfs en relançant constamment le suspense autour de l'affaire, tout au long de huit épisodes denses qui dépassent tous allègrement les 60 minutes. Dans ce petit village où tout le monde cache des secrets et où les personnages ont la vengeance facile, il faut toujours se méfier des apparences car le coupable est rarement le suspect le plus évident.
Comme les précédentes aussi, cette nouvelle enquête est bien retorse et parvient toujours à déjouer nos pronostics, grâce au savoir-faire du romancier Agustín Martínez en matière d'écriture de polar. Celui-ci n'a pas son pareil pour imaginer de petites localités soudées où les amitiés cachent des traumatismes et une violence sourde toujours prête à exploser.
Cette tension est plus que jamais présente dans cette saison, dont la noirceur et l'environnement moite et poisseux rappellent forcément aussi la première saison de True Detective. Les nombreux plans aériens de ce fleuve sauvage installent d'ailleurs une ambiance des plus angoissantes, en dépit de leur incontestable beauté.
Cette réalisation évoque par ailleurs un autre thriller espagnol récent, Rapa (POLAR+), qui confirmait déjà que l'Espagne est en train de créer un vrai genre sériel "Latin Noir" qui ne fait pas qu'emprunter aux codes bien connus des séries scandinaves du Nordic Noir. Et vu le succès d'audience rencontré par La Caza en Espagne, la chasse pourrait bien continuer encore quelques saisons.

La Caza Guadiana épisodes 1 à 8, dès maintenant sur POLAR+, disponible avec CANAL+.
La Caza Monteperdido et La Caza Tramuntana en intégralité sur POLAR+, disponible avec CANAL+.


