Narvalo : une saison 2 subtilement politique

Posté par Alexis Lebrun le 24 janvier 2022
Même si Matthieu Longatte se défend de faire une série politique, cette saison 2 de Narvalo intègre intelligemment quelques clins d’œil à certaines problématiques actuelles qui agitent la société française. En voici trois exemples marquants.
Le pouvoir aux femmes

Les dynamiques de pouvoir dans les relations entre hommes et femmes sont abordées frontalement dès le premier épisode de cette saison 2, où un séducteur qui trompe sa copine avec plusieurs filles en parallèle est démasqué et confronté à son comportement par toutes ces femmes en même temps. Cela donne une scène savoureuse entre ce « Don Juan » (titre de l’épisode) de pacotille et toutes ses conquêtes à qui il a l’habitude de mentir constamment par SMS pour parvenir à ses fins. Et comme souvent dans Narvalo, au-delà de l’humour des dialogues, on décèle dans le texte de Matthieu Longatte une mise en avant du « deux poids, deux mesures » dans l’éducation genrée et la perception sociale, où enchaîner les conquêtes est bien vu pour un homme mais mal vu pour une femme.

La façon dont les femmes se rassemblent dans cet épisode pour se venger de cet homme peu scrupuleux évoque aussi la sororité : au lieu d’être en concurrence et de s’affronter comme elles y sont souvent encouragées dans une situation comme celle-ci, elles sont solidaires et s’allient car elles sont toutes victimes des mêmes agissements de cet homme. Dans la même logique, on peut aussi voir de la sororité dans le cinquième épisode de cette saison 2, où plusieurs copines se moquent d’une voisine qui ne supporte pas le bruit, avant qu’un twist ne vienne encore une fois subvertir les clichés sur les relations conflictuelles entre femmes.

Enfin, difficile de ne pas voir également dans le dernier épisode quelques allusions à la masculinité toxique dans le comportement du petit ami de l’héroïne, visiblement victime de jalousie maladive, et qui s’adresse surtout à elle de façon agressive, culpabilisante, inquisitrice et infantilisante alors qu’elle raconte un événement traumatisant de son passé – certes avec tout l’humour qui caractérise encore une fois les récits des « galères » de Narvalo. Le problème, c’est que lui ne rit presque pas car il se sent en danger dans son couple et comme menacé dans sa virilité par la liberté de ton de sa compagne.

Le poison du contrôle au faciès…

L’autre grand sujet qui traverse nettement plusieurs épisodes de cette saison de Narvalo, c’est celui des discriminations racistes subies au quotidien par les jeunes de banlieue qui n’ont pas la peau blanche. La série illustre ce problème en abordant clairement les contrôles au faciès dans au moins deux épisodes. Dans le quatrième, un personnage noir qui habite la banlieue est contrôlé dès qu’il tente d’entrer à Paris pour aller chez le coiffeur.

Plus tard dans l’épisode, lui et trois de ses amis évoquent explicitement les contrôles au faciès au moment de passer à un péage d’autoroute, où ils craignent d’être arrêtés en raison de leur apparence, ce qui ne manque bien sûr pas d’arriver. Ils subissent encore un autre contrôle dans la ville où ils passent leurs vacances, et où la police municipale semble leur faire comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus ici et que leur simple présence est louche.

… Et du privilège blanc

Ce thème est présent un peu différemment dans le septième épisode, qui conte les aventures nocturnes rocambolesques d’un jeune blanc qui a la gueule de bois et est confronté plusieurs fois à des contrôleurs dans les transports en commun au petit matin. Bizarrement, le personnage (qui est en infraction) ne cherche pas à faire profil bas : au contraire, il s’amuse de la situation et cherche délibérément les embrouilles en se moquant ouvertement des contrôleurs, ce qui gonfle le prix de son amende et le fait terminer en garde à vue.

Lorsqu’il raconte comment il s’est longuement amusé à faire croire aux contrôleurs qu’il n’avait pas de pièce d’identité, l’un de ses amis lui fait alors remarquer qu’il a de la chance, « parce que pour les rebeus et les renois, ils la demandent direct ». Et quand le "héros" de l’épisode ajoute qu’il a fait en sorte de rameuter aussi volontairement la police, son pote ajoute : « faut vraiment être blanc pour attirer les condés volontairement à soi ». À ce moment, on repense au titre de l’épisode (Nuit Blanche) et à son sens véritable : que serait-il arrivé à un homme noir s’il s’était comporté de la même façon ? Et pourquoi ne l’aurait-il très probablement pas fait de toute façon ? Réponse : à cause du privilège blanc, que Matthieu Longatte explique de façon limpide, incontestable et (tristement) drôle en quelques minutes. Et une énième preuve que l'humour est une arme politique redoutablement efficace.

Narvalo saisons 1 et 2, disponibles sur CANAL+.