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Cette série culte fête (déjà) ses quinze ans et est disponible sur CANAL+ !

Quinze ans après ses débuts sur CANAL+, PLATANE n’a rien perdu de son pouvoir comique ni de sa capacité à provoquer un profond malaise. Pendant trois saisons, Éric Judor y incarnait une version catastrophique de lui-même, entouré d’une impressionnante galerie de stars jouant avec leur propre image. Entre portes automatiques, éthylotest et baisers embarrassants, retour sur une série qui avait fait de la gêne un véritable art.

Éric Judor joue le pire Éric Judor possible

Pour comprendre PLATANE, il faut d’abord saisir son drôle de principe. Éric Judor y interprétait Éric Judor, mais une version fictive, mégalomane, maladroite et terriblement gênante de lui-même. Tout commençait par un accident de voiture contre un platane. Après un an de coma, Éric découvrait que son ancien complice Ramzy avait poursuivi sa carrière sans lui avec HP, improbable suite de H. Convaincu qu’il devait désormais devenir un artiste « sérieux », il se lançait dans un projet aussi loufoque son personnage : réaliser LA MÔME 2.0 NEXT GENERATION, la suite du carton au box office d’Olivier Dahan.

Ce faux documentaire sur le monde du cinéma devenait surtout une redoutable machine à fabriquer du malaise. Judor s’amusait de son ego et de son image publique avec une ribambelle de stars. Monica Bellucci, Guillaume Canet, Vincent Cassel, Jean Dujardin, Gilles Lellouche ou Ramzy Bedia acceptaient tous de jouer des versions déformées d’eux-mêmes et d'envoyer balader un Éric insupportable.

En saison 2, Éric changeait de priorité : il voulait avoir un enfant et laisser une trace de son passage sur Terre. Six ans plus tard, la troisième saison le retrouvait célibataire et réduit à réaliser des publicités alimentaires. Persuadé d’être victime d’un mauvais karma, il partait vivre une expérience chamanique en Amérique du Sud avant de revenir avec de nouvelles ambitions. Et toujours cette capacité à transformer n’importe quelle situation en catastrophe.

« JE FAIS LA COUTUME » : QUAND LE MALAISE DEVENAIT UN ART

Honnêtement, on ne se souvient pas trop des intrigues mais ce sont clairement les scènes absurdes de PLATANE qui restaient en mémoire. Éric poussait chaque malentendu quelques secondes trop loin, jusqu’à transformer une situation banale en délire comique. Exemple parfait : sa rencontre avec Jean-Yves, le compagnon de Fred dans une tribu en Amérique du Sud. Voyant les deux hommes s’embrasser sur la bouche, Éric croyait qu’il s’agissait d’une tradition locale et embrassait à son tour Jean-Yves. Lorsqu’il comprenait son erreur, il lâchait cette justification devenue culte : « Je faisais la coutume. »

La série regorgeait de moments du même genre. Face à une porte automatique qui diffusait une petite musique, Éric s’amusait à déclencher sans cesse le mécanisme jusqu’à exaspérer le commerçant. Soumis à un éthylotest, il s’inquiétait davantage du goût de l’embout que du résultat et demandait s’il n’en existait pas « à la pomme », avant de transformer l’appareil en flûte.

Et que dire de son cours de rap ? Persuadé d’avoir du flow, Éric se lançait dans une improvisation face à SupaFly avant de sortir une punchline tellement déplacée que le silence devenait plus drôle que le rap lui-même. Toute la mécanique de PLATANE tenait dans ces quelques secondes : un personnage persuadé d’être brillant alors que tout son entourage mourait de gêne.

La troisième saison poursuivait le jeu avec Jamel Debbouze, Florence Foresti, Mathieu Kassovitz, Laurent Lafitte, Mike Horn, Boris Diaw ou Elie Semoun. En trois saisons et 32 épisodes, PLATANE brouillait ainsi constamment la frontière entre réalité et fiction. Quinze ans plus tard, les ambitions absurdes d’Éric Judor n'ont pas pris une ride.