Qui sont les vrais meurtriers derrière nos séries préférées (et pourquoi on les adore) ?
Alors que MONSTRES, la série de Ryan Murphy consacrée aux plus grands tueurs en série de l’histoire, fait son grand retour avec une nouvelle saison et une nouvelle vedette, on a eu envie de se replonger dans les coulisses de notre fascination pour les criminels (et ce qu’elle dit de nous).
Quand le tueur se cache derrière un visage ordinaire
Dans LE SERPENT, Tahar Rahim prêtait ses traits à Charles Sobhraj, l’un des criminels les plus célèbres des années 1970. Charismatique et manipulateur, celui que l’on surnommera « le Serpent » approchait notamment des touristes occidentaux voyageant en Asie, gagnait leur confiance avant de les voler et, pour plusieurs d’entre eux, de les assassiner. La série raconte autant ses crimes que la longue traque menée pour parvenir à le confondre.

HAPPY FACE choisit un angle très différent. Dennis Quaid y incarne Keith Hunter Jesperson, le « Happy Face Killer », qui a reconnu plusieurs meurtres aux États-Unis et avait notamment envoyé des lettres dans lesquelles apparaissait un visage souriant. Mais la série s’intéresse surtout à sa fille, Melissa Moore, confrontée à une question vertigineuse : comment continuer à vivre lorsqu’on découvre que son père est un tueur en série ? Le criminel devient ainsi le point de départ d’une histoire sur l’héritage familial et le poids de la culpabilité.

Regarder aussi les victimes
Avec MONSTRE : L’HISTOIRE DE LIZZIE BORDEN, Netflix revisite l’un des faits divers les plus célèbres des États-Unis. En 1892, Andrew Borden et son épouse Abby étaient retrouvés massacrés à coups de hache dans leur maison du Massachusetts. Principale suspecte, Lizzie, la fille d’Andrew, fut pourtant acquittée et le crime ne fut jamais élucidé. La série de Ryan Murphy et Ian Brennan prend davantage de libertés : incarnée par Ella Beatty, Lizzie y est présentée comme coupable, dans une relecture qui mêle faits historiques, hypothèses et fiction.

Du côté de DEVIL IN DISGUISE : JOHN WAYNE GACY, la fiction revient sur l’un des criminels américains les plus tristement célèbres. Michael Chernus incarne Gacy, entrepreneur apprécié de son voisinage et personnage impliqué dans sa communauté, qui fut pourtant reconnu coupable du meurtre de 33 jeunes hommes et garçons. La série fait surtout le choix de redonner une place aux victimes, à leurs proches et aux défaillances institutionnelles qui ont permis au tueur de passer si longtemps entre les mailles du filet.

Enfin, BLACK BIRD renverse encore davantage le dispositif. Inspirée d’une histoire vraie, la série ne suit pas directement Larry Hall (Paul Walter Hauser), suspecté d’avoir tué plusieurs jeunes femmes, mais James Keene (Taron Egerton), un détenu auquel les autorités proposent un marché : se rapprocher de Hall en prison et tenter de lui arracher des aveux susceptibles de permettre de retrouver les corps de ses victimes.
Si ces séries nous fascinent, c’est peut-être justement parce qu’elles ne cherchent plus seulement à répondre à la question « qui a tué ? ». Nous connaissons souvent déjà le coupable. Leur véritable sujet se trouve ailleurs : comment ces hommes ont-ils réussi à paraître ordinaires ? Pourquoi n’ont-ils pas été arrêtés plus tôt ? Et comment leurs crimes ont-ils bouleversé ceux qui leur ont survécu ? C’est dans cet écart inquiétant entre l’apparence et la réalité que le true crime trouve aujourd’hui sa matière la plus troublante.

