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TIME, la série anglaise qui vous plonge réellement en prison

Posté par Marc Larcher le 18 novembre 2021
Un professeur, un homme pas taillé pour l’incarcération commence sa détention. En suivant son histoire et celle du surveillant pénitentiaire qui en a la charge, la série avec Sean Bean et Stephen Graham saisit le spectateur à la gorge.
Des vraies gueules, un univers crédible

On le sait, les films et les séries dont l’histoire se déroule en prison sont souvent des bijoux. Avec TIME, la nouvelle création de la BBC, le phénomène se vérifie encore. Dès les premières minutes de l’épisode inaugural, alors qu’on entend des poings battre contre des portes de fer d’un fourgon carcéral et des détenus s’apostropher « Eh, pourquoi nous on a pris six ans et toi, seulement trois ? T’as passé un marché dans notre dos !». La caméra se contente de filmer les lieux et voilà, le spectateur est déjà submergé par l’atmosphère carcérale. Les tensions, l’enfermement, la crainte pour la vie des protagonistes sont déjà perceptibles.

Avec au centre, un personnage qui accroche immédiatement le regard, une vraie gueule, celle de l’acteur Sean Bean, dont les rides et les cernes disent qu’il a déjà vécu plusieurs vies pas roses, avant de se retrouver dans cette prison anglaise. La raison ? Son personnage de Mark Cobden a été condamné à quatre ans d'emprisonnement pour avoir tué accidentellement un homme. Dévoré par la culpabilité, le détenu accepte sa peine et va se tenir à carreau avant que la violence du milieu ne le rattrape. Là où les fictions ont souvent dépeint les matons comme des employés violents et corrompus, TIME prend à juste titre le parti inverse. Le gardien Eric McNally, interprété par Stephen Graham, une des autres gueules du cinéma anglais qu’on adore recruter du côté d’Hollywood - on l’a vu chez Scorcese et Michael Mann -, fait tout pour protéger les prisonniers dont il a la charge. Mark semble alors sauvé dans un monde pour lequel il n’est pas taillé. Mais ça, c’était jusqu’à ce qu’un des détenus les plus dangereux identifie la faiblesse de son protecteur Eric.

Nous voilà nous aussi prisonniers avec les héros

Sans en dire plus sur l’intrigue qui va se développer au cours de quatre épisodes de 45 minutes, le travail du scénariste et showrunner, Jimmy McGovern, réussit en outre à montrer avec finesse un univers souvent décrit de manière caricaturale. Du personnage principal tout en silence et colère rentrée, à la solitude des gardiens, aux codétenus, tout ce petit monde devient peu à peu attachant malgré sa violence. La série qui ne s’appelle pas « TIME » pour rien, impose au spectateur un rythme lent qui, à force de répétitions, rend cet univers familier et propice à l’observation de détails. Cela va des tatouages du gardien Eric, des réflexions d’un prisonnier condamné à perpétuité qui nettoie les cellules – « Je préfère les traces de sang à la merde », à un autre désespéré qui se taille régulièrement les veines, soit tout un ensemble d’éléments particulièrement crédibles.

Bien sûr, le travail d’identification du téléspectateur avec le héros paumé qui débarque là, est immédiat. L’émotion, et en particulier la peur, est d’autant plus forte que s’y ajoute le sort du gardien Eric, sorte de soupape de sécurité de l’établissement, menacée d’exploser à son tour. À sa manière, la série est ainsi autant éprouvante physiquement que psychologiquement. Finalement, et c’est sans doute là sa plus grande force, on se retrouve nous aussi comme Eric et Mark, prisonniers face à des questions inextricables. Comment survivre à 50 ans passés dans un monde de vingtenaires violents ou psychotiques ? Faut-il tenir bon en jouant les durs ou miser sur son intelligence ? Ne pas hésiter à trahir ses idéaux pour survivre ? C’est pourquoi il est impossible de lâcher la série en cours, il y a trop d’enjeux, de tensions et, nous aussi, on veut aller au bout de cet enfermement volontaire.

TIME, avec Sean Bean et Stephen Graham, le 29 novembre sur CANAL+.