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Y, le dernier homme : une série post-apocalyptique qui en jette

Posté par Alexis Lebrun le 5 novembre 2021
Adaptée de la série de comics culte de Brian K. Vaughan et Pia Guerra, cette nouvelle production disponible en France sur Disney+ a connu un développement chaotique, mais le résultat est à la hauteur des années d’attente. En interrogeant la question du genre, Y, le dernier homme parvient surtout à dépasser le cadre de la science-fiction et de l’œuvre d’origine pour évoquer la société d’aujourd’hui.
Un postulat toujours aussi efficace

Signe des temps oblige, la science-fiction post-apocalyptique a le vent en poupe depuis quelques années, et il devient donc de plus en plus difficile de se distinguer par son originalité lorsqu’il s’agit d’évoquer les conséquences de la fin du monde. Heureusement pour elle, la série d’Eliza Clark est basée sur un « matériau d’origine » d’une efficacité et d’une simplicité redoutables : la disparition soudaine de l’intégralité des êtres vivants porteurs du chromosome Y, à savoir les mâles. Tous disparus, vraiment ? Pas tout à fait : il reste Yorick (Ben Schnetzer), un escapologiste que l’on a du mal à qualifier d’artiste de l’évasion tant il rame, dans sa vie professionnelle comme dans sa vie amoureuse d’ailleurs.

Mais pour une raison inconnue – et comme son petit capucin apprivoisé nommé Esperluette –, il a donc été épargné par ce mal mystérieux qui a fait passer de vie à trépas ses congénères en quelques secondes. Voilà ce drôle de duo qui erre dans les rues dévastées des Etats-Unis, alors que le chaos menace de se propager, et qu’ils risquent surtout d’être démasqués comme les derniers êtres masculins cisgenres vivants sur Terre. Sauf qu’encore une fois, cet anti-héros très nonchalant a bien de la chance : sa mère est la nouvelle présidente des Etats-Unis.

It's A Woman's Woman's Woman's World

Ce personnage ô combien important, c’est celui de Jennifer Brown (Diane Lane), une femme politique démocrate qui essaye tant bien que mal de maintenir son pays à flot après avoir succédé au Président républicain défunt. Parmi ses adversaires, elle compte justement la fille de ce dernier, Kimberly Cunningham (Amber Tamblyn), une militante ultraconservatrice qui préférait en gros quand le pouvoir était réservé aux hommes.

Plus largement, Y, le dernier homme brille par sa galerie de personnages féminins, en particulier avec celui de « 355 » (Ashley Romans), une mystérieuse agente qui obéit à des forces secrètes, et qui se retrouve sur la route de Yorick pour tenter de trouver la cause de cet immense foutoir, en compagnie d’une généticienne, la Docteure Allison Mann (Diana Bang). Il faut encore ajouter Beth DeVille (Juliana Canfield), l’ex-copine du personnage principal, Nora Brady (Marin Ireland), l’ancienne conseillère du président, mais aussi Hero Brown (Olivia Thirlby), la sœur de Yorick, qui se distingue par son comportement autodestructeur et dont le meilleur ami Sam Jordan (Elliot Fletcher) est un homme trans.

Une version revue bienvenue

Certains de ses personnages sont des ajouts des scénaristes, car cette adaptation en série a eu la bonne idée d’opérer quelques modifications par rapport aux comics de de Brian K. Vaughan et Pia Guerra, publiés entre 2002 et 2008, soit il y plus d'une décénnie, pour tout ce qui a trait aux questions de genre et de féminisme. Bien que controversés chez les fans les plus zélés, ces changements pertinents sont assumés par la créatrice et showrunner de la série Eliza Clark, qui a aussi eu le cran de récupérer une patate chaude passée de main en main depuis 2007, et qui devait même à l’origine être un film. Réalisés exclusivement par des femmes, les dix épisodes n’ont d’ailleurs rien à envier à un blockbuster hollywoodien, même si la série revendique aussi une certaine lenteur dans la progression de son intrigue, ce qui laisse le temps d’admirer certaines scènes offrant de sacrées visions post-apocalyptiques, appuyées par des décors visiblement très coûteux.

Et si l’on retrouve à l’écran des actrices confirmées comme Diane Lane (House of Cards, Justice League), Amber Tamblyn (Dr House), Olivia Thirlby (Juno, The L Word: Generation Q), Marin Ireland (The Umbrella Academy) ou Juliana Canfield (Succession, The Assistant), la série révèle surtout un nom, celui Ashley Romans, qui vole la vedette à tout le monde et surtout au rôle principal joué par Ben Schnetzer (Pride) dans la peau de l’agente 355. Reste maintenant à croiser les doigts : malgré des qualités de plus en plus évidentes au fil des épisodes, la série a été annulée par sa chaîne d’origine (FX) pour des raisons budgétaires, alors qu’Eliza Clark avait prévu de raconter une histoire s’étalant cinq saisons. On murmure déjà que HBO serait le candidat idéal (car la maison mère WarnerMedia possède l’éditeur de la BD, Vertigo, via DC Comics). Où faut-il signer ?

Y, le dernier homme épisodes 1 à 10 sur Disney+, disponible avec CANAL+.