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Ali Vs Liston : la quête du greatest

Posté par Sébastien HEULOT

A 22 ans, il s’appelle encore Cassius Clay, son talent est unique tout autant que ces provocations. Il débite autant de punchlines que de coups à la minute. Aussi bien avant le combat qu’après son triomphe face au champion Sonny Liston…

Fascinant, irritant… les 2 adjectifs préférés de la presse américaine pour qualifier ce jeune Cassius Clay avant cette première chance mondiale face à Sonny Liston ce 25 février 1964 à Miami. C’était déjà le cas chez les amateurs et notamment à Rome lorsqu’il est devenu champion olympique des mi-lourds en 1960, tout près du Colisée. Mais il n’a rien d’un gladiateur. C’est un artiste au jeu de jambes phénoménal, au coup d’œil incroyable et à la vitesse exceptionnelle. Et il n’a pas pu s’empêcher de parler… de lui bien sûr : « Je suis beau, je suis merveilleux. Un véritable petit Dieu. Et je suis prêt à le prouver autant de fois qu’on le voudra. »

Et il tient parole ! Depuis qu’il est en âge de boxer, les mots sont toujours accompagnés d’actes. Depuis ce jour où on lui a volé son vélo et qu’il est allé se plaindre auprès du Sergent Joe Martin qui s’occupait de la salle de boxe de Louisville.

« Puisque tu veux retrouver et corriger celui qui t’a volé ton vélo, viens à la salle demain et apprends à boxer ! » A 12 ans, Clay relève le défi…

10 ans plus tard, il est à Miami pour défier Sonny Liston. Liston est aux antipodes de son jeune challenger. Taciturne et brutal, il parle peu mais détruit tous ses adversaires avec une violence et une haine rarement vues comme ses 2 KO éclairs réussis sur Floyd Patterson. Il n’a prononcé qu’une phrase mais elle a glacé la salle : « Arrête de te vanter, tu vas prendre une branlée. »

Seul moment où le visage de Cassius Clay a perdu de son éclat… avant de se ressaisir : « Je suis le plus fort ! Le meilleur boxeur du monde, le plus sensationnel de tous les temps ! Je te détrônerai en 8 rounds ! »

Presque seul contre tous avant de monter sur ce ring de Miami. Les experts prédisent une victoire du champion en 3 rounds. Les bookmakers donnent Liston vainqueur à 7 contre 1. Ce sont eux qui verseront le plus de larmes à la fin…

Les 15000 spectateurs du Miami Beach Convention Center retiennent leur souffle. Dans tous les cinémas des Etats-Unis qui diffusent en direct le combat, la même question : combien de secondes Cassius Clay va-t-il tenir ?

C’est donc un soulagement pour tous ses supporters d’entendre le gong de la fin de la première reprise. Il est encore debout et a déjà éclairé ce début de combat de toute sa justesse technique.

A partir du 2e round, Liston durcit le combat et lance ses coups les plus durs comme ses terribles crochets du gauche. Mais Cassius Clay esquive, encaisse avec aisance et remise même par des séries à la face rapides et variées. Liston a raté son effet avec ses crochets, c’est le tournant du combat !

Car l’artiste du Kentucky fait mal. Clay ouvre l’œil gauche du champion, puis l’arcade droite. Liston n’est plus lui-même. Traqué par ce petit prétentieux trop bavard qui lui a promis de le renvoyer chez lui sur une civière, Liston s’énerve. Ses coups sont de plus en plus imprécis et désordonnés.

Mais au 4e round, le champion excédé profite d’un temps mort pour appliquer une crème cicatrisante sur le visage de son challenger. Liston ne l’a jamais reconnu. Son coin non plus malgré les accusations du clan adverse… Cassius Clay se trouve partiellement aveuglé, encaisse des séries lourdes mais son sens de l’esquive lui évite le pire… encore un coup raté du champion !

A partir du 5e round, Cassius Clay repart en démonstration. Agile et puissant. Il esquive, recule, danse autour du champion et applique ses prédictions : « léger comme un papillon et douloureux comme une abeille. »

Le monde reste bouche bée, conscient d’assister à un moment d’histoire !

Liston encaisse de plus en plus de coups au 6e round. Des directs, des droites, des crochets. C’est une véritable leçon de boxe !

A l’appel de la 7e reprise, il reste dans son coin, figé sur son tabouret. Le tendon du biceps de son épaule gauche n’a pas résisté, certificat médical du Dc Robbins à l’appui après le combat pour éteindre une première polémique…

Personne ne comprend sur le moment… sauf Cassius Clay qui se jette dans les cordes pour hurler son bonheur au monde et sa colère à ses détracteurs au pied du ring qui l’avaient donné perdant à 7 contre 1 : « Messieurs, rétractez-vous maintenant ! Je viens de choquer le monde. Oui, de choquer le monde. Je suis beau et méchant. Je suis le nouveau roi du monde !»

Pour la revanche, en mai 1965, Cassius Clay est devenu Mohamed Ali. Et ça va encore plus vite que 15 mois plus tôt. Liston ne finit pas le 1er round.

Encore un sentiment de suspicion qui plane sur cette revanche. Comme sur ce premier face à face qui suscite encore aujourd’hui toutes les hypothèses.

Comme cette révélation du Washington Times en février 2014, 50 ans après le combat. Un document du FBI rendu public relate une conversation entre le parieur Barnett Magids et Ash Resnick, proche de Sonny Liston et de la mafia. Magids a raconté au FBI en 1966 que Resnick lui a déconseillé de parier sur la victoire de Liston pour éviter de perdre trop d’argent. Résultat : Magids n’a pas perdu 1 dollar alors que Resnick a remporté 1 million de dollars grâce à son pari. Mais aucune preuve, aucun enregistrement de cette conversation…

Une chose est sûre : à 22 ans, Cassius Clay écrit en ce 25 février 1964 le premier chapitre de sa légende dans ce combat classé par Sports Illustrated 4e plus grand moment de sports du XXe siècle !