15 ans après la sortie de ce thriller inspiré de faits réels sordides, le vrai tueur était retrouvé
L'une des plus grandes affaires criminelles de Corée du Sud a inspiré l’excellent MEMORIES OF MURDER, disponible sur Ciné+ OCS (via CANAL+). Le véritable tueur en série a pu regarder son propre récit à l’écran pendant des années depuis sa cellule avant d’être démasqué.
MEMORIES OF MURDER, le polar sombre de Bong Joon-ho
Si pendant longtemps la référence absolue du film de traque de tueur en série a été SEVEN (1995), l’impact de MEMORIES OF MURDER (2003) sur l’histoire du cinéma est également important. Moins grand public, certes, que le long-métrage de David Fincher, cette production sud-coréenne n’en demeure pas moins l'une des propositions les plus brillantes du genre.
Réalisé par Bong Joon-ho (PARASITE), MEMORIES OF MURDER suit l’enquête de policiers dépassés par une affaire de meurtres en série au milieu des années 1980, dans une province rurale de Corée du Sud. Parmi les officiers impliqués, on retrouve le détective local Park Doo-man, obligé de faire équipe avec Seo Tae-yoon, un jeune inspecteur aux méthodes plus modernes venu de Séoul.
Malgré leurs divergences méthodologiques et idéologiques, les deux hommes vont devoir collaborer pour tenter d'identifier le coupable. Mais cette affaire va surtout mettre en lumière les manquements de la police et les failles d’une société coréenne (alors sous dictature militaire).

Une affaire sordide à l’origine
Si le film se termine sans identifier le responsable, c’est parce qu’il s’inspire d'une histoire vraie qui s’est déroulée dans la région de Hwaseong. Entre 1986 et 1991, un tueur s’est attaqué à au moins dix femmes, âgées de 13 à 71 ans, violées et assassinées. Pour tenter de mettre fin à cette série, les forces de l’ordre ont mobilisé un nombre impressionnant de plus de 300 000 agents au fil des ans, tandis que 3 000 suspects ont été interrogés.
Pour autant, la police sous pression a commis de graves dérives, allant jusqu'à condamner un innocent de 22 ans, Yoon Sung-yeo, qui avait avoué les crimes sous la torture. Malgré son incarcération, de nouveaux meurtres similaires ont continué de se produire. Il aura pourtant fallu attendre 2009 pour que cet homme soit libéré, et 2020 pour qu'un nouveau procès le blanchisse enfin, l'État lui versant une indemnisation de 3 millions de dollars.
Pendant des décennies, l’identité du véritable tueur est restée un mystère. L’affaire aurait pu tomber dans l’oubli, mais le retentissement de MEMORIES OF MURDER a permis de maintenir le dossier sous les projecteurs, d'autant que le délai de prescription sur ces crimes devait expirer en avril 2006. C'est finalement bien des années plus tard que le coupable a été identifié. Et le plus fou, c'est qu'il était déjà derrière les barreaux.

Le tueur était en prison
Incarcéré depuis 1994, Lee Choon-jae avait été condamné à la prison à perpétuité pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur. Mais ce n’est qu’en septembre 2019 que les autorités coréennes ont pu le relier officiellement aux meurtres de Hwaseong. Les avancées technologiques en matière d'analyse génétique ont permis de faire matcher son ADN avec celui retrouvé sur les sous-vêtements de la neuvième victime.
Lors de ses aveux publics, Lee Choon-jae s’est dit le premier surpris de ne pas avoir été arrêté plus tôt. Selon ses dires, il n’essayait même pas de se cacher alors que la police enquêtait dans la région :
J'ai pensé que je me ferais prendre facilement. Il y avait des centaines de policiers. Je tombais constamment sur des détectives mais ils m'interrogeaient toujours sur les gens autour de moi.
Ces déclarations froides ont souligné l’incompétence de la police de l'époque. Face aux enquêteurs, Lee Choon-jae a finalement avoué être l'auteur de 14 meurtres au total et d'une trentaine de viols, affirmant vouloir parler pour « que les victimes et leurs familles trouvent un peu de réconfort dans la vérité ».
En raison du délai de prescription dépassé pour les faits de Hwaseong, il n’a pas pu être condamné judiciairement pour ces crimes spécifiques. Et étant déjà condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle, il en a profité pour avouer d’autres meurtres commis avant sa première incarcération.
