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1917 : grand film de guerre ou simple prouesse technique ?

Posté par Alexis Lebrun le 26 janvier 2021
Sorti juste avant le début de la crise sanitaire, le long-métrage de Sam Mendes est l’un des rares blockbusters à avoir pu remplir les salles l’an dernier. Un succès mérité pour 1917, qui est bien l’un des meilleurs films de 2020. Réussite technique et visuelle incontestable, il n’a pas à rougir face aux références du genre, et il fera date dans la représentation de la Première Guerre mondiale au cinéma.
Mission impossible

1917, c’est d’abord une mission d’apparence suicidaire comme Hollywood en raffole : deux soldats anglais sont envoyés à travers le no man’s land et d’anciennes tranchées de l’armée allemande, pour délivrer d’urgence un message donnant ordre d’annuler une attaque connue des ennemis. Si nos deux héros inconnus échouent, 1600 hommes mourront dans ce piège, dont le frère du personnage principal. Incarné par les deux jeunes acteurs George MacKay et Dean-Charles Chapman (épatants), le duo traverse les lignes ennemies allemandes dans une succession de scènes étouffantes et à l’issue plus qu’incertaine.

Et cette intrigue ne vient pas de nulle part, puisqu’elle a été imaginée à partir des récits racontés à Sam Mendes par son grand-père Alfred Mendes, soldat pendant la Première Guerre mondiale. C’est à lui que le réalisateur dédie d’ailleurs le film, et quel film. Sam Mendes a en effet conçu 1917 comme un seul et unique plan-séquence avec une intrigue qui se déroule en temps-réel, ce qui signifie que le spectateur est immergé aux côtés de personnages qu’il ne quitte jamais pendant deux heures. Certes, il s’agit en réalité d’un enchaînement de plusieurs plans aux transitions invisibles, et un fondu au noir en cours de film permet de faire passer la nuit qui coupe la mission en deux, mais l’exploit technique de 1917 demeure spectaculaire.

Roger Deakins, le vrai héros de 1917

1917 est aussi et surtout magnifié par la photographie à se damner du britannique Roger Deakins – forcément oscarisé pour ce film – où son travail sur l’enchaînement parfaitement fluide de différentes séquences très différentes donne souvent l’impression de suivre le personnage d’un jeu vidéo – ce qui est un compliment. La scène qui se déroule de nuit dans un village français en flammes est particulièrement restée imprimée sur les rétines de spectateurs médusés. Déjà récipiendaire d’un Oscar de la meilleure photographie deux ans plus tôt pour le sublime BLADE RUNNER 2049 (Ridley Scott, 2017), Deakins est aussi un collaborateur régulier de Sam Mendes, qu’il a d’abord accompagné sur son premier film de guerre : JARHEAD : LA FIN DE L'INNOCENCE (2005). Il est aussi présent sur deux autres films du réalisateur britannique : LES NOCES REBELLES (2008) et surtout l’un des James Bond les plus révérés, le crépusculaire SKYFALL (2012) et ses très belles images tournées en Ecosse.

Et puisque l’on parle de 007, on ne résiste pas au plaisir d’évoquer la scène d’introduction de SPECTRE (2015), où Sam Mendes commence par un plan-séquence impressionnant de plusieurs minutes pendant la fête des morts à Mexico. Avant lui, plusieurs réalisateurs ont déjà tenté de faire le coup du film composé d’un seul et unique plan-séquence, mais comme dans 1917, il y a toujours des trucages. On peut citer LA CORDE (Alfred Hitchcock, 1948) et plus récemment BIRDMAN (Alejandro González Iñárritu, 2014), Oscar du meilleur film en 2015. 1917 s’est fait souffler la récompense par PARASITE (Bong Joon-ho, 2019) l’an dernier, mais il a été logiquement sacré dans les catégories meilleurs effets visuels et meilleur mixage de son. Et en bonus de son ambiance sonore ébouriffante, 1917 bénéficie d’une bande originale – composée par Thomas Newman – qui restera très longtemps dans votre tête.

Le film de guerre, grand pourvoyeur de classiques pour Hollywood

En réalisant 1917, Sam Mendes rejoint une longue liste de réalisateurs qui ont pris le risque de se frotter à un exercice très compliqué : représenter l’horreur de la guerre au cinéma. Si beaucoup sont tombés au champ d’honneur en s’aventurant sur ce terrain, quelques-uns ont réussi à créer des œuvres indélébiles et parfois traumatisantes pour plusieurs générations. En 1957, Stanley Kubrick se lance avec LES SENTIERS DE LA GLOIRE, un long-métrage sur la Première Guerre mondiale resté célèbre pour son message anti guerre salvateur (qui lui vaudra une censure de près de vingt ans en France) et la performance de géant de Kirk Douglas. Quelques années plus tard, certains représentants du Nouvel Hollywood se frottent à la Guerre du Vietnam et livrent des chefs-d’œuvre : c’est le cas de Francis Ford Coppola avec APOCALYPSE NOW (1979), film monstre dont la structure narrative et le message sur l’absurdité de la guerre est beaucoup évoqué dans 1917.

Plus tardivement, Oliver Stone réussit l’un de ses meilleurs films en montrant les horreurs de la Guerre du Vietnam dans PLATOON (1986), et il est suivi par Stanley Kubrick, qui récidive dans le genre et réussit un nouveau classique avec FULL METAL JACKET (1987). Enfin, la Seconde Guerre mondiale a évidemment donné quelques grands films de guerre : impossible d’oublier la scène du débarquement allié en Normandie qui ouvre IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN (Steven Spielberg, 1998). Comme Sam Mendes dans 1917, le réalisateur américain réussit un film incroyablement immersif et choquant pour le spectateur, mais avec vingt ans d’avance et les moyens techniques de l’époque. Et que dire de DUNKERQUE (Christopher Nolan, 2017), souvent comparé aussi à 1917, puisque le réalisateur raconte également un sauvetage improbable avec peu de dialogues, mais à travers trois unités de temps et trois points de vue différents. Un tour de force technique qui nécessite comme 1917 d’avoir le cœur bien accroché. Un visionnage indispensable pour comprendre et ne pas oublier.

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