20 ans après, cette séquence d'ouverture reste l'une des plus emblématiques du cinéma moderne
C'est l'un des films les plus marquants du début des années 2000. LORD OF WAR, d'Andrew Niccol (THE TRUMAN SHOW), dépeint avec cynisme le monde tel qu'il était et qu'il est toujours au travers les yeux d'un marchand d'armes incarné par Nicolas Cage. Un long-métrage qui frappe fort dès sa scène d'ouverture.
La naissance d'une balle
Andrew Niccol a mis les petits plats dans les grands avec un LORD OF WAR qui frappe fort dès son entame ! Nicolas Cage, avec une posture tout ce qu'il y a de plus naturel, nous balance sa fameuse phrase : « Il y a plus de 550 millions d'armes à feu en circulation dans le monde. Ça fait une arme pour douze personnes. La seule question est : comment on arme les onze autres ? »
S'ensuit un plan-séquence qui retrace tout le parcours d'une balle, de sa fabrication dans une usine jusqu'à son utilisation. On peut y voir sa création en masse, son parcours entre les douanes, passant de mains en mains, jusqu'à ce que la caméra passe en vue subjective pour épouser son point de vue… et atterrir dans le crâne d'un enfant.
Une séquence choc qui a demandé au réalisateur beaucoup de travail. Aucune véritable usine d'armement ne l'a autorisé à filmer, il a donc tout reconstitué via une réplique fonctionnelle d'une chaîne de production de cartouches 7,62 mm. Bien que tout soit factice, le parcours de fabrication, lui, est tout ce qu'il y a de plus documenté. LORD OF WAR entend s'inscrire dans le réel.
Tout LORD OF WAR est dans cette scène
Si MISSION IMPOSSIBLE est connu pour glisser des séquences du film dès son générique d'ouverture, d'une manière assez similaire, tout le propos de LORD OF WAR se retrouve dans cette séquence. En suivant le parcours d'une balle, et non du tireur, comme on aurait pu s'y attendre, le réalisateur déshumanise la guerre en la renvoyant à un simple objet. Ce n'est pas l'objet qui tue, c'est celui qui l'utilise.
On peut y voir tout le cynisme et l'immoralité du film qui entend banaliser le conflit armé en n'en faisant un commerce comme un autre. Cette séquence d'ouverture est froide et brutale à la fois parce qu'elle met directement le spectateur face à une réalité que l'on peut refuser de voir. Elle met mal à l'aise.
Un sentiment appuyé par l'ironie dont fait preuve Niccol en accompagnant la scène par la musique de Buffalo Springfield, For What It's Worth, qui était une musique contestataire des années 60. Comme si on avait beau se dire contre la guerre, l'usine, elle, continue de fabriquer des balles par milliers, ces dernières attendant simplement d'être tirées.
Une ouverture clinique qui précède un film qui le sera tout autant où l'absurdité du monde est dépeinte avec pédagogie et horreur par un duo Niccol/Cage délicieusement nihiliste. 20 ans après, LORD OF WAR reste malheureusement profondément moderne et actuel.
