Depuis 22 ans, le twist de ce thriller traumatise les spectateurs
OLD BOY (2004) de Park Chan-wook est un choc esthétique et moral dont le dénouement reste l'un des plus radicaux de l'histoire du cinéma. Le film est disponible sur Ciné+OCS avec CANAL+
Le chef-d’œuvre de Park Chan-wook devenu culte
Le cinéma sud-coréen est devenu plus populaire que jamais. La preuve avec PARASITE (2019) qui a été un succès au box-office mondial et a été récompensé de la Palme d’or au Festival de Cannes, ainsi que de quatre Oscars, dont celui du meilleur film. Mais bien avant le chef-d’œuvre de Bong Joon-ho, OLD BOY (2004) a été un film important pour la Nouvelle Vague du cinéma coréen qui a émergé au début des années 2000.
Ce cinquième long-métrage de Park Chan-wook a marqué les esprits des cinéphiles de l’époque ("seulement" 143 000 entrées en France), avant d’acquérir au fil du temps une plus grande popularité — grâce aux sorties DVD et aux diffusions télé. D’ailleurs, le Festival de Cannes 2004, présidé alors par Quentin Tarantino, ne s’était pas trompé en lui remettant le Grand prix du jury.
Adapté du manga éponyme de Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya, OLD BOY est le deuxième volet d'un triptyque sur le thème de la vengeance. L’histoire est celle d'Oh Dae-su, un homme enlevé et séquestré dans une pièce pendant des années. Peu de temps après son arrivée, il apprend que sa femme a été assassinée et qu’il est le principal suspect. Sa fille, elle, a été confiée à une nouvelle famille.

La vérité à coup de marteau
Durant 15 ans, Oh Dae-su va s’entraîner à se battre dans l’espoir de retrouver les responsables de ce qui lui arrive. Un jour, ses ravisseurs le relâchent sans la moindre explication. Il part alors en quête de réponses et doit faire face à différents adversaires.
Oh Dae-su se livre notamment à un combat devenu culte. Dans un superbe plan-séquence, le héros affronte dans un couloir à coups de marteau une vingtaine d’hommes. La scène est filmée en traveling sans mouvements brusques pour mettre l’accent sur la violence naturelle et sans artifices.
Outre cette brutalité, Oh Dae-su redécouvre aussi l’amour avec Mi-do, une jeune fille qu’il rencontre dans un bar et qui l’aide à retrouver le commanditaire de son enlèvement. Sauf que Park Chan-wook est rarement complaisant avec ses personnages et il le prouve avec OLD BOY.
Attention, la suite de l’article contient des spoilers sur la fin du film.

Un twist tragique qui laisse sans voix
Si OLD BOY est aussi mémorable, c’est en raison de son twist choquant. Après avoir retrouvé Lee Woo-jin, l’homme qui l’a séquestré toutes ces années, Oh Dae-su apprend que Mi-do est en réalité sa propre fille. Depuis le début, Lee Woo-jin les a manipulés. Il les a fait hypnotiser tous les deux pour qu’ils tombent amoureux et commettent ainsi ce terrible inceste.
Si Lee Woo-jin a mis en place ce plan terrifiant, c’est parce qu'Oh Dae-su est responsable du suicide de sa sœur. Lorsqu’ils étaient au lycée ensemble, il a raconté que Lee Woo-jin avait des relations incestueuses avec celle-ci. La rumeur grandissant au lycée, la jeune fille a décidé de mettre fin à ses jours.
Pour aller au bout de sa vengeance, Lee Woo-jin compte révéler à Mi-do la vérité. Mais pour lui épargner cette souffrance, son père offre à son bourreau sa langue, qu’il se coupe avec une paire de ciseaux. La symbolique est ici évidente, puisque cette langue a été l'instrument de la rumeur fatale. Lee Woo-jin accepte donc cette offrande avant de se suicider.
De son côté, ne pouvant vivre avec le poids de ses actes, Oh Dae-su se fait à nouveau hypnotiser pour oublier la vérité. Ainsi, lorsque Mi-do le retrouve, elle découvre un homme muet au regard vide.

Les explications de la fin
Cette fin offre plusieurs interprétations. Il faut d’abord prendre OLD BOY comme un thriller social, métaphorique d'une société coréenne marquée par des années de dictature, de corruptions et de traumatismes enfouis.
Oh Dae-su est un personnage égocentrique qui parle sans penser aux conséquences. Une fois les révélations faites, on comprend qu’il n’est pas un héros traditionnel, tandis que Lee Woo-jin n’est pas qu’un simple antagoniste. Ce dernier possède d'ailleurs une vision morale implacable : une fois son but atteint, il se suicide comme il l'avait promis.
Oh Dae-su, en revanche, préfère oublier plutôt que d’assumer ses responsabilités et maintenir une forme de mensonge auprès de sa fille. Son sourire final, qui ressemble davantage à une grimace de douleur, illustre la dualité qui se joue en lui. En l’absence de bases saines (la vérité), sa relation avec Mi-do ne pourra jamais se reconstruire sereinement.
