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« 38 témoins du meurtre » : cette terrifiante histoire vraie a inspiré l’un des meilleurs films de Clint Eastwood, sorti il y a 53 ans

L'HOMME DES HAUTES PLAINES (1973) demeure l'un des grands films réalisés par Clint Eastwood. Disponible sur Ciné+OCS (avec CANAL+), ce western sombre et violent s’inspire d’un fait divers glaçant, marqué par la passivité de nombreux témoins.

La confirmation de Clint Eastwood derrière la caméra

Devenu une figure incontournable du cinéma grâce à Sergio Leone et sa Trilogie du Dollar, Clint Eastwood s’est rapidement réapproprié les codes du western lorsqu’il est passé derrière la caméra. Après avoir signé le thriller UN FRISSON DANS LA NUIT (1971), l’acteur et réalisateur se met en scène dans L'HOMME DES HAUTES PLAINES (1973). Un film violent dans lequel il n’hésite pas à s’attribuer un rôle complexe, dénué de tout manichéisme, pour questionner la frontière floue entre la justice et la cruauté, ainsi que les valeurs morales.

Le film débute à Lago, une petite ville de l’Ouest sauvage, hantée par le meurtre de son ancien shérif, battu à mort à coups de fouet par trois bandits. Alors que le trio de criminels s'apprête à sortir de prison, les habitants, qui les avaient dénoncés, paniquent à l'idée de subir leur vengeance. Ils engagent alors un mystérieux étranger sans nom (Clint Eastwood) dont l’attitude impressionne la communauté.

S’il accepte de les défendre contre les truands, l’étranger profite également de tout ce que la ville a à offrir, de gré ou de force (allant jusqu’à violer une habitante). On comprend au fil du récit qu'il cherche en réalité à faire payer aux villageois leur lâcheté. En effet, tous sont restés passifs lorsque l’homme de lois se faisait massacrer sous leurs yeux. Après avoir éliminé les trois assassins, l'étranger abandonne Lago ruinée, partiellement détruite et ses habitants humiliés.

Le meurtre de Kitty Genovese à l’origine du film

Écrit par Ernest Tidyman, le scénario de L’HOMME DES HAUTES PLAINES serait inspiré d’une terrible affaire de meurtre survenue une dizaine d’années plus tôt, en 1964. La victime, une jeune femme nommée Kitty Genovese, avait été tuée devant des témoins qui n’ont pas réagi.

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 13 au 14 mars dans le quartier du Queens, à New York. Kitty Genovese, une Italo-Américaine de 28 ans, rentrait de son travail aux alentours de 3 heures du matin lorsqu’elle croisa la route de Winston Moseley. Sentant le danger, la jeune femme s’enfuit immédiatement en appelant à l’aide. Mais Moseley la rattrapa et lui asséna deux violents coups de couteau dans le dos.

Les hurlements de détresse de la victime réveillèrent un voisin qui, depuis sa fenêtre, cria à l'agresseur de la laisser tranquille. Malgré la fuite du tueur, Kitty n’a pas été davantage aidée. Fortement blessée, elle rampa vers l’entrée de son immeuble. C’est là que Moseley la retrouva et l’attaqua une seconde fois. Elle reçut cette fois neuf nouveaux coups de couteau, avant un coup fatal à la gorge. Le tueur la viola également avant de lui voler ses quelques biens de valeur.

Des témoignages choquants et « l'effet du témoin »

Au-delà de la violence du crime, c’est l’apathie collective des voisins qui a traumatisé l’opinion publique. À l’époque, le New York Times publie un article choc intitulé : « Les 38 témoins du meurtre qui n'ont pas appelé la police ». D’après l'enquête journalistique, l'agression a duré plus de trente minutes sans que personne n'intervienne ni ne prévienne les secours.

Interrogés par les enquêteurs, certains riverains se justifieront en déclarant qu’ils pensaient qu’il s’agissait simplement « d’une dispute d’amoureux ». D’autres avoueront avoir eu trop peur, tandis que certains confieront qu'ils étaient « fatigués » et ont préféré « retourner se coucher ». Ces révélations terrifiantes d’individualisme seront théorisées par des psychologues sous le nom « d’effet Kitty Genovese » (ou effet du témoin), démontrant que plus les témoins d’une agression sont nombreux, moins une victime a de chances d’être secourue.

Au début des années 2000, la version initiale du New York Times a été nuancée par des historiens, ramenant le nombre de témoins directs à une demi-douzaine. Les rares personnes appelées à la barre lors du procès de Winston Moseley ont tout de même dû expliquer leur passivité.

Arrêté six jours après le meurtre lors d’un cambriolage, Moseley avouera l'assassinat de Kitty Genovese, ainsi que ceux de deux autres femmes : Annie Mae Johnson et Barbara Kralik (une adolescente de 15 ans). Reconnu coupable, il fut condamné à la peine de mort, puis, après appel, à la prison à perpétuité où il finira ses jours. La lâcheté sociétale, elle, aura été parfaitement immortalisée à l’écran par Clint Eastwood.