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Attendu depuis 20 ans, le FRANKENSTEIN de Guillermo Del Toro est sublime

Présenté ce samedi 30 août en compétition à la 82e Mostra de Venise, la très attendue adaptation de FRANKENSTEIN signée Guillermo del Toro nous a éblouis. Le film arrivera à la fin de l’année sur Netflix avec CANAL+.

FRANKENSTEIN ou l’évidence Del Toro

L’adaptation de FRANKENSTEIN est un projet de longue haleine pour Guillermo del Toro. En effet, il avait envie de s’attaquer au roman culte de Mary Shelley depuis 2007. Mais ça n’est qu’en 2023 qu’il met enfin en route ce chantier colossal de près de 120 millions de dollars, après un deal avec Netflix. 

Il faut dire que le roman renferme les obsessions du cinéaste, déjà auréolé du Lion d’Or à Venise en 2017 pour son film LA FORME DE L’EAU, à commencer par la monstruosité des hommes et son amour pour les créatures.

Autant dire que son retour en compétition à la Mostra était scruté de très près par les festivaliers, qui ont eu la chance de pouvoir découvrir le résultat sur grand écran, alors que FRANKENSTEIN sortira directement en streaming sur Netflix dans le reste du monde le 7 novembre prochain, après une sortie limitée dans les cinémas américains, pour pouvoir concourir aux Oscars. 

Côté casting, on retrouve Oscar Isaac dans la peau de Victor Frankenstein, et Jacob Elordi dans celle de sa créature, aux côtés de Mia Goth et Christoph Waltz dans des rôles secondaires.

La force du film tient aussi dans sa construction en deux parties, qui épouse les deux versants du mythe. La première raconte l’élan prométhéen de Victor Frankenstein, sa volonté de jouer à Dieu en assemblant les corps mutilés des soldats tombés à la guerre. La chair cousue, la vie insufflée de force, renvoient à l’obsession de Del Toro pour la monstruosité engendrée par la violence des hommes et par leurs conflits.

La seconde partie s’attache à la créature elle-même, à sa conscience naissante, à sa découverte du monde. Jacob Elordi y est formidable : massif et fragile, il parvient à rendre palpable la douleur d’un être rejeté, condamné à chercher dans le regard des autres ce qui définit son humanité.

C’est sans doute là que Del Toro s’élève au-delà d’une adaptation fidèle : en faisant du monstre le véritable héros de son récit, il nous oblige à regarder l’humanité autrement. La créature observe la cruauté des hommes, leur hypocrisie, leur peur de la différence. Mais elle découvre aussi la beauté du monde, la possibilité de l’amour, la grâce d’un geste tendre. Cette ambivalence donne au film une puissance tragique et mélancolique qui dépasse le cadre du roman, et qui prolonge les obsessions du cinéaste depuis ses débuts.

Vingt ans d’attente n’auront donc pas été vains. FRANKENSTEIN s’impose comme un film-somme, qui condense l’univers de Guillermo del Toro tout en l’emmenant vers de nouvelles hauteurs. Colossal par son ambition et son budget, intime par l’émotion qu’il suscite, il confirme que peu de cinéastes aujourd’hui savent conjuguer le spectaculaire et le sensible avec une telle intensité.

La renaissance du Monster Universe ?

Depuis près d’un siècle, les monstres d’Universal hantent l’histoire du cinéma. Dracula, la Momie, l’Homme invisible et bien sûr Frankenstein ont façonné l’imaginaire populaire dès les années 1930. Mais au moment où les super-héros Marvel et DC régnaient sur le box-office, Universal a tenté de relancer ses créatures sous la forme d’un « Dark Universe », pensé comme un univers étendu à la Avengers. Le fiasco de DRACULA UNTOLD puis de LA MOMIE avec Tom Cruise en 2017 a brutalement mis fin au projet.

Ironie du destin, c’est loin des studios Universal que la résurrection s’est opérée. En 2020, THE INVISIBLE MAN de Leigh Whannell, produit par Blumhouse, a redonné ses lettres de noblesse au concept en revisitant le mythe sous l’angle de la violence conjugale et du thriller contemporain. Le succès critique et public du film a montré qu’il fallait moins courir derrière Marvel que retrouver l’essence du fantastique : des figures mythiques capables de refléter nos peurs les plus intimes.

C’est dans ce sillage que s’inscrit FRANKENSTEIN de Guillermo del Toro. À contre-courant des logiques de franchise, le cinéaste s’approprie le mythe non pas comme un simple produit à « rebooter », mais comme une matière vivante, plastique, infiniment moderne. Là où Universal échouait à fabriquer une cohérence artificielle, Del Toro réussit par la puissance d’un seul film à rendre à Frankenstein sa dimension universelle : un conte gothique, mais aussi une réflexion sur la violence des hommes, leur peur de la différence et leur désir d’amour.

Cette renaissance s’inscrit plus largement dans un mouvement contemporain : donner une nouvelle vie aux monstres classiques en les confrontant aux obsessions d’aujourd’hui.

Si le succès de FRANKENSTEIN est au rendez-vous sur Netflix, on peut espérer pouvoir rapidement découvrir LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN.

FRANKENSTEIN le 7 novembre sur Netflix avec CANAL+.