Aller au contenu principalAller à la recherche

« J’ai trouvé mon Alain Delon en Benjamin Voisin »

Titre très attendu du calendrier des sorties automnales, l’adaptation par François Ozon de L’ÉTRANGER de Camus a conquis les cœurs des chroniqueurs de SUPER PLAN. Accompagné de Benjamin Voisin, qu’il fait jouer pour la seconde fois, le réalisateur s’est livré sur ce projet ambitieux.

Un casting stellaire

Sorti en salles ce mercredi, le nouveau film de François Ozon – l’adaptation du chef-d’œuvre d’Albert Camus, L’Étranger (1942) – se déploie dans un saisissant noir & blanc, autour de la trajectoire de Meursault, jeune homme d’une trentaine d’années, modeste employé, qui enterre sa mère sans manifester la moindre émotion et entame, dès le lendemain une liaison avec une collègue de bureau. Son voisin finit par l’entraîner dans des histoires louches jusqu’à un drame sur une plage… « J’avais lu L’Étranger dans le cadre scolaire, à 16 ou 17 ans, et n’avais pas tout compris. En le relisant, j’ai trouvé le livre toujours aussi fort, abstrait, moderne et surtout philosophique. On s’est lancés dans cette adaptation avec une certaine angoisse, le livre étant tout de même chargé », a confié François Ozon sur le plateau de SUPER PLAN.  

Fidèle à son esprit de troupe, le réalisateur de 8 FEMMES (2002) et GRÂCE À DIEU (2018) retrouve pour L’ÉTRANGER des acteurs et actrices déjà passés devant sa caméra, et pas des moindres. Aux côtés de Benjamin Voisin – qu’il avait révélé avec ÉTÉ 85 en 2020, un rôle pour lequel le jeune acteur avait été nommé aux César –, on retrouve Pierre Lottin (vu dans QUAND VIENT L’AUTOMNE du même réalisateur) et Rebecca Marder, extravagante Pauline Maléon de MON CRIME (2023). « C’est un magnifique cadeau que me fait François », s’est enthousiasmé Benjamin Voisin, qui campe Meursault, un personnage qui se sent étranger au monde dans lequel il vit. « L’Étranger parle d’une introspection ; on croise plein de gens comme Meursault dans la vie mais personne n’ose les voir », a analysé le jeune acteur, vu récemment dans JOUER AVEC LE FEU.

La pression de jouer Meursault

Lancé sur un autre projet avec Benjamin Voisin dans le rôle-titre, François Ozon a finalement dû abandonner l’idée et s’est plongé dans l’adaptation ambitieuse de L’Étranger, en conservant en tête son actuel acteur fétiche. Et il ne tarit pas d’éloges à son égard, allant même jusqu’à le comparer au Alain Delon du SAMOURAÏ de Jean-Pierre Melville (1967). « Ce personnage est un double de Meursault, d’une certaine manière. Le film a été difficile à faire, j’ai essayé de trouver les meilleurs acteurs pour les rôles, dont Denis Lavant avec qui je travaille pour la première fois… J’aime bien retravailler avec les mêmes acteurs quand ça s’est bien passé et leur proposer quelque chose de différent. Dans ÉTÉ 85, Benjamin était l’opposé de Meursault ! ».

Interrogé par l’équipe de SUPER PLAN sur l’expérience assez vertigineuse que propose l’adaptation d’un roman aussi connu, Benjamin Voisin a avoué ressentir une certaine pression, le tournage désormais achevé. Rompu aux méthodes de travail d’Ozon, l’acteur de 28 ans a souligné le calme à convoquer sur le plateau et la rigueur demandée par le cinéaste. « François me demande de ne pas jouer, mais de vivre, d’être quelqu’un de la vie de tous les jours qui ne sait pas qu’il est filmé. Il faut que je sois ailleurs que dans mon émotion propre. J’ai passé du temps à me calmer et à me rendre totalement malheureux et dépressif pour le rôle ».

L’ÉTRANGER de François Ozon est en salle depuis le 29 octobre.