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Avant L’ODYSSÉE de Christopher Nolan, il est temps de revoir son « prequel » sorti il y a 22 ans

Alors que Christopher Nolan s'apprête à sortir L’ODYSSÉE (en salles le 17 juillet), il est temps de se replonger dans TROIE (2004). Disponible sur HBO Max (avec CANAL+), ce blockbuster est le prequel parfait pour découvrir les origines du mythe.

TROIE : un grand spectacle hollywoodien indémodable

Avec L’ODYSSÉE, Christopher Nolan s’attaque à une œuvre littéraire et mythologique monumentale. Mais le cinéaste n’est pas le premier à se passionner pour la mythologie grecque. Entre 300 (2007) de Zack Snyder, JASON ET LES ARGONAUTES (1963) de Don Chaffey ou encore LE CHOC DES TITANS (1981) de Desmond Davis (et son remake de 2010 signé Louis Leterrier), ces récits épiques ont inspiré le septième art à plusieurs reprises.

Cependant, très peu de productions ont offert un spectacle aussi impressionnant que TROIE (2004), réalisé par Wolfgang Petersen. Jusqu'à l'arrivée du film de Christopher Nolan, aucune œuvre récente ne lui arrivait à la cheville dans ce genre bien spécifique.

La sortie de L’ODYSSÉE dans les salles est donc l'occasion idéale de se replonger dans ce long-métrage qu’on peut techniquement considérer comme un préambule. En effet, si l'œuvre de Nolan raconte le retour d’Ulysse chez lui après la guerre, le film de Petersen se concentre précisément sur ce conflit légendaire opposant les Grecs aux Troyens.

Pour incarner les figures mythiques, le casting est lui aussi légendaire : Brad Pitt (Achille), Brian Cox (Agamemnon), Sean Bean (Ulysse), Eric Bana (Hector), Orlando Bloom (Pâris) ou encore Diane Kruger (Hélène), relativement peu connue à l’époque et révélée à l’international grâce à ce rôle.

Hector, le véritable héros tragique du film

Pour rappel, la Guerre de Troie éclate après qu’Hélène, l’épouse du roi de Sparte Ménélas, s'enfuit par amour avec le prince troyen Pâris. Agamemnon, le frère de Ménélas, y voit l’excuse parfaite pour assouvir sa soif de conquête et marcher avec une immense armée vers la cité du roi Priam. Il rassemble alors les plus grands guerriers de toute la Grèce, dont le roi d'Ithaque Ulysse et le demi-dieu Achille.

De leur côté, les Troyens accueillent Hélène malgré les vives remontrances d’Hector, fils aîné de Priam. Ce personnage est sans doute le plus intéressant du film. Il est le seul à rester droit moralement du début à la fin. Seule exception à sa rigueur inflexible — qui montre aussi son humanité et ses failles —, sa décision d’intervenir pour sauver son jeune frère Pâris lors de son duel à mort contre Ménélas.

Le destin d’Hector n’en devient que plus tragique. Symbole de raison, de courage et de dévotion familiale, il finit par être la victime collatérale de la lâcheté et de l’égoïsme de son frère. Son sacrifice sous les yeux des siens, après avoir embrassé sa femme et son enfant, le positionne comme un pur héros d’une tragédie grecque.

Un combat à 750 dollars entre Brad Pitt et Eric Bana

L'une des forces de TROIE est ainsi d'offrir une vraie profondeur à ses personnages, loin de tout manichéisme, en montrant les failles et les actes condamnables de chacun (notamment la cruauté d'Achille).

L'œuvre tire le meilleur de L’Iliade d’Homère tout en prenant de grandes libertés historiques. Le réalisateur a notamment fait le choix judicieux de ne pas montrer d'interventions physiques des dieux pour que le long-métrage ne bascule pas dans le fantastique, préférant ancrer son récit à la frontière du réalisme historique et de la légende (une différence notable par rapport au film de Christopher Nolan).

Wolfgang Petersen concentre toute la tension dramatique sur l’opposition entre Hector et Achille, dont la rivalité grandit jusqu’à un affrontement final dantesque. Ce duel d'anthologie a été entièrement tourné par Brad Pitt et Eric Bana eux-mêmes, sans aucune doublure.

Pour pimenter le tournage, les deux acteurs avaient instauré une règle originale : chaque coup léger porté par erreur à son partenaire coûterait 50 dollars, et chaque coup violent 100 dollars. Visiblement un peu trop maladroit dans l’exécution de la chorégraphie, Brad Pitt a dû verser 750 dollars à Eric Bana, qui, de son côté, n’a pas touché une seule fois son collègue.

Une prouesse visuelle qui méritait sa version longue

Passionnant sur le fond, TROIE est aussi une immense réussite visuelle qui fait encore pâlir bon nombre de blockbusters actuels. Les différentes batailles impressionnent par la gestion de l'espace du réalisateur, qui parvient à alterner avec brio entre des plans iconiques (comme la première apparition d'Achille) et des plans larges époustouflants où s’affrontent des milliers de soldats.

Bien que des effets numériques aient été utilisés pour densifier les armées, la prédominance de décors réels construits à Malte et au Mexique, combinée à la présence de centaines de figurants, rend le film visuellement indémodable.

Pourtant, à sa sortie en salles, le film n’a pas été très bien accueilli par la presse. La faute notamment à un montage pour le cinéma trop linéaire, bien en dessous de la version director’s cut sortie en vidéo par la suite. Enrichi de 34 minutes supplémentaires, ce montage redonne au film toute son ampleur dramatique.

Cela n’a pas empêché le public de répondre présent avec près de 500 millions de dollars de recettes récoltées à travers le monde.