Avec Le Règne animal, Thomas Cailley confirme son talent pour les films politiques
Quiconque a déjà vu le deuxième long-métrage du réalisateur français peut le confirmer : Le Règne animal est un film qui ne se prive pas de faire passer plus ou moins directement et surtout avec beaucoup d’efficacité des messages qui font écho à l’actualité. Un art délicat que le réalisateur Thomas Cailley maîtrise déjà sur le bout des doigts.
Un premier film visionnaire
« Merci à tous les combattants, c’est-à-dire ceux qui ne se résignent pas, ceux qui essayent, ceux qui résistent au cynisme et à la peur ». En février 2015, lorsqu’il a remporté le César du Meilleur premier film pour LES COMBATTANTS, voici comment Thomas Cailley achevait son discours sur la scène du Théâtre du Châtelet. C’était il y a presque une décennie, et en visionnant LE RÈGNE ANIMAL aujourd’hui, on a le sentiment qu’il est resté parfaitement fidèle à cette phrase.
Dans son premier long-métrage, le réalisateur français se montrait visionnaire en mettant au centre de son intrigue géniale une héroïne (jouée par Adèle Haenel) persuadée que la fin du monde est proche, citant pêle-mêle la menace des guerres, du réchauffement climatique, ou encore des… coronavirus. Nous étions alors en 2014 – soit juste avant toutes les crises des dix dernières années –, et l’apocalypse évoquée dans le film semble aujourd’hui plus que jamais d’actualité.

Une utopie plutôt qu’une dystopie
Mais en dépit de sa noirceur, LES COMBATTANTS sonnait bien comme un appel à résister au désespoir, en mettant en scène une histoire d’amour improbable. On retrouve dans le deuxième film de Thomas Cailley l’optimisme de son prédécesseur, quand bien même il évoque lui aussi un sujet très grave – l’effondrement de la biodiversité.
LE RÈGNE ANIMAL n’est en effet pas un film catastrophe ni une dystopie, c’est au contraire une vision utopique d’une société où quelques individus résisteraient à la tentation totalitaire de traiter les personnes « différentes » comme des animaux, des « bestioles » comme certains personnages les appellent.
Thomas Cailley le revendique dans son film : les mutations des personnages peuvent être vues comme une chance d’enrichir une humanité qui a complètement perdu de vue ses origines animales.

Un film ouvertement antispéciste
Autrement dit, LE RÈGNE ANIMAL n’est pas qu’un plaidoyer écologique pour la tolérance, c’est aussi une fable ouvertement antispéciste qui lutte contre les barrières artificielles que nous dressons entre la nature et nous.
Le réalisateur nous invite à repenser notre rapport au vivant et à une biodiversité que nous détruisons méthodiquement en filmant à la fois une nature verdoyante époustouflante – la forêt landaise – et des créatures qui ne correspondent pas aux codes effrayants classiques de l’horreur – mais qui sont chassées méthodiquement dans le film dans une séquence horrifiante.
Et alors que le père incarné par Romain Duris a d’abord du mal à accepter les mutations de son fils (Paul Kircher), il finit par reconnaître la beauté de ce dernier et par désobéir à l’absurdité de l’ordre établi pour lui permettre de vivre en liberté dans une scène finale bouleversante. L’amour – filial cette fois – comme acte de résistance au cynisme, au désespoir et à la peur de l’autre, toujours.




