Cannes 2026 : Daniel Auteuil s’attaque à l’une des périodes les plus sombres de l’Histoire avec LA TROISIÈME NUIT
Daniel Auteuil est de retour derrière la caméra avec le film LA TROISIÈME NUIT, présenté au 79ᵉ Festival de Cannes. Une plongée dans les heures les plus sombres de l'Histoire française racontée à hauteur d'Hommes.
LA TROISIÈME NUIT de Daniel Auteuil
Après LE FIL sorti en 2024, Daniel Auteuil interroge de nouveau la notion de justice et de foi dans LA TROISIÈME NUIT. Présenté en avant-première au Festival de Cannes 2026, le cinéaste s’intéresse cette fois à l’Occupation à travers un épisode longtemps resté dans l’ombre : celui du camp de Vénissieux, près de Lyon, où plusieurs résistants membres de “l’Amitié chrétienne”, menés par l’abbé Glasberg, tentèrent de sauver des familles juives promises à la déportation.
On y suit, sur trois nuits, une délégation faite de bureaucrates, et de membres de l’Amitié chrétienne, qui s’installent au camp de Vénissieux pour statuer sur le sort des prisonniers : ceux qui seront envoyés à Drancy (antichambre des camps de la mort) et ceux qui seront libérés. Pour remplir cette tâche, tous les dossiers des prisonniers seront passés au crible, pour savoir s’ils remplissent, ou non, les conditions d’une libération imposées par le régime de Vichy.
Daniel Auteuil incarne lui-même cet abbé qui falsifie des documents et contourne les règles pour sauver des vies aux côtés de Grégory Gadebois, terrifiant bureaucrate de la collaboration, Luana Bajrami, résistante, et Antoine Reinartz. Mais lorsqu’il parle du film, ce n’est jamais comme d’une simple reconstitution historique. À l’origine du projet, il y a quelque chose de beaucoup plus ancien : son enfance dans cette France d’après-guerre où les survivants parlaient encore peu, où une partie du pays semblait avoir choisi le silence.
“Je crois que j’avais besoin de raconter cette histoire pour moi”, nous dit-il.
Très jeune, le cinéaste dit avoir été bouleversé autant par ce que les Juifs avaient subi que par le comportement d’une partie de la France sous Vichy. Et aujourd’hui encore, il reste hanté par une question simple : comment des hommes ordinaires avaient-ils pu accepter cela ?

Filmer l'horreur des camps
Dans LA TROISIÈME NUIT, Daniel Auteuil parvient à filmer l’effacement progressif de l’humain. Il raconte avoir voulu opposer deux mondes : les bureaux administratifs filmés de manière très classique, puis les baraquements, captés comme “un documentaire volé”. Il refuse les images frontalement spectaculaires. “Je ne voulais pas qu’on voie des choses précises, je voulais juste qu’on ressente”, dit-il.
Alors le camp semble presque vide. Les prisonniers restent longtemps hors champ, noyés dans les listes et les dossiers. Comme si le regard administratif avait déjà commencé à effacer leur humanité. Daniel Auteuil parle d’ailleurs lui-même “d’un film de paperasse, de papiers”.
Le film montre ainsi comment l’inhumain finit par devenir une simple procédure. À plusieurs reprises, le réalisateur revient sur cette idée glaçante : à partir du moment où “c’est un ordre qui est donné”, certains finissent simplement par l’exécuter. Les fonctionnaires du régime de Vichy ne se voient jamais comme des monstres. Ils travaillent. Ils classent. Ils obéissent, puis rentrent chez eux le soir retrouver leur famille.
Puis les visages réapparaissent lentement. Un prénom. Une profession. Une mère. Un enfant blessé sous une tente. À mesure que les résistants redonnent une existence à ceux que l’administration ne voit déjà plus comme des êtres humains, le film retrouve lui aussi quelque chose de profondément humain.
La dernière partie du récit est la plus bouleversante. Pour sauver les enfants, les membres de “l’Amitié chrétienne” demandent à leurs parents de signer des papiers d’abandon afin qu’ils deviennent officiellement orphelins et échappent aux convois. Un geste terrible, mais qui permettra de sauver 108 enfants.
