Des Hommes : Depardieu et Darroussin hantés par la guerre d’Algérie

Posté par Marc Larcher le 3 février 2022
Avec « Des Hommes », le cinéaste belge Lucas Belvaux réalise un film rare sur l’impact indélébile qu’a eu le conflit algérien sur les soldats revenus à la vie civile
Un sujet longtemps tabou

C’est une guerre oubliée, tue, cachée que le film de Lucas Belvaux fait revivre. Une guerre que le cinéma français, hormis quelques francs-tireurs, a longtemps évitée. Mais depuis quelques années, l’étau se desserre, la fiction s’en empare. En adaptant le roman de Laurent Mauvinier, le réalisateur fait un grand pas vers la lumière, vers la compréhension de ce qui s’est réellement passé pendant le conflit algérien mais aussi de son impact sur les hommes qui en sont revenus. C’est la force de ce film, voir deux cousins, deux jeunes qui ont fait 28 mois de service en Algérie entre 1960 et 1962 incarnés par Yoann Zimmer (Bernard) et Edouard Sulpice (Rabut) puis par Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin, vivant dans le même village près de quarante ans plus tard.

Depardieu raciste et violent

L’étude de caractère est d’autant plus forte que ces deux-là ne se sont jamais trop aimés avant et après la guerre et que pendant celle-ci, va-t-on apprendre au gré du film, ils n’ont pas eu du tout le même comportement. De nos jours, Bernard, surnommé Feu-de-Bois, paraît marqué à blanc par ce qu’il a vu et vécu. Alcoolique, raciste, violent, sans le sou, il végète sur le dos des autres et ne supporte rien tandis que Rabut paraît muré dans son silence. Un scandale éclate pendant le soixantième anniversaire de Solange (Catherine Frot) lorsque son frère Bernard lui offre une broche de prix. Famille et amis l'accusent vite d'avoir dérobé l'argent caché par sa mère avant sa mort. Il boit et devient furieux, insulte Rabut et l’ami Saïd, seul Arabe du village. Pire, il agresse sa femme et tue leur chien. Le maire et les gendarmes décident avec Rabut de le laisser cuver son vin alors qu’il se poste devant chez lui, un fusil à la main, et de le cueillir à la première heure le lendemain. Solange, bien que connaissant ses travers, tente vainement de défendre son frère. Dès lors, cette nuit-là, les deux anciens appelés sont assaillis de souvenirs.

Des hommes hantés par la guerre

La guerre n’a en effet pas toujours été si calme et ennuyeuse qu’ils voulaient bien le raconter dans leurs lettres adressées à leurs familles. Elle leur a surtout montré le pire des hommes, du côté des assaillants comme des populations locales où les massacres répondaient aux massacres. Le cinéaste parvient à jouer habilement entre les deux temporalités et les passages entre les différents acteurs, tous excellents, reste fluide. En utilisant la voix off et les lettres écrites par les personnages, « Des hommes » montre avec brio et pudeur comment les deux garçons ont appris à tuer et à voir mourir les hommes et comment, chacun à leur manière, ne vont jamais s’en remettre. D’un côté, Gérard Depardieu excelle dans le rôle d’un homme revenu de tout qui ne peut que s’enfoncer dans la violence contre les autres et contre lui-même, sa guerre, lui il ne l’a pas finie tandis que Jean-Pierre Darroussin, lui aussi traumatisé par ce qu’il a vu et vécu, préfère le retrait parce qu’il ne supporte plus la violence. C’est peut-être cela le véritable sujet du film, l’impuissance des hommes, face aux armes et surtout face à eux-mêmes

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