Depuis 20 ans, ce film contient un anachronisme qui fait encore débat
Sorti en 2006, MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola continue de diviser les spectateurs. Et une scène en particulier revient régulièrement dans les discussions : celle où une paire de Converse apparaît discrètement au milieu de chaussures du XVIIIe siècle. Blasphème ou coup de génie ?
MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola fête ses 20 ans
Quand Sofia Coppola s’attaque au projet MARIE-ANTOINETTE, son intention n’est pas de réaliser un film historique classique centré sur les grands événements de la Révolution française, mais plutôt de filmer la jeunesse de Marie-Antoinette et l’idée d’une adolescente propulsée dans un système totalement écrasant.
La réalisatrice découvre d’ailleurs la reine à travers la biographie écrite par Antonia Fraser, qui propose une vision beaucoup plus intime du personnage. Sofia Coppola explique alors avoir été frappée par le fait que Marie-Antoinette avait seulement 14 ans lorsqu’elle quitte l’Autriche pour Versailles.
À travers le regard de Marie-Antoinette incarnée par son actrice fétiche Kirsten Dunst, Sofia Coppola filme Versailles comme une prison dorée, rythmée par les cérémonials, les obligations politiques et l’obsession de l’image. Le film transforme ainsi la reine en figure presque contemporaine, proche d’une célébrité moderne observée en permanence.
Toute l’esthétique du film repose sur cette idée. La bande originale mélange The Cure, New Order ou Bow Wow Wow, tandis que les décors et les costumes empruntent autant au XVIIIᵉ siècle qu’à la mode des années 2000.
Lors de sa présentation au Festival de Cannes en compétition en 2006, cette approche divise énormément. Une partie du public rejette cette vision pop de l’histoire française, tandis que d’autres saluent une proposition beaucoup plus sensorielle et personnelle que le film historique traditionnel.

Des Converse à Versailles
C’est dans ce contexte qu’apparaît à l’écran la fameuse paire de Converse. La scène intervient pendant la séquence culte sur “I WANT CANDY” de Bow Wow Wow, au milieu des essayages, des gâteaux, des coiffures et des chaussures pastel de MARIE-ANTOINETTE. Entre deux paires inspirées du XVIIIe siècle, le plan laisse voir des Converse turquoise, détail anachronique devenu l’un des plus commentés du film.
À l’époque, certains spectateurs y ont vu une erreur de tournage. Sofia Coppola a pourtant expliqué que cette idée venait de son frère Roman Coppola, chargé de tourner cette séquence en seconde équipe. Dans une interview à IGN, elle racontait : “Il a tourné tout le montage sur I WANT CANDY, il a vu les chaussures là et les a mises pour moi, pour s’amuser. Il a tourné plusieurs choses et a gardé ça parce qu’il pensait que ça me plairait. Ensuite, au montage, nous avons décidé de le laisser.”
Le plan n’a donc rien d’un accident. Il prolonge l’approche générale du film, pensé comme le portrait très subjectif d’une adolescente enfermée dans le protocole de Versailles. Les Converse créent un décalage immédiat entre le décor historique et une sensibilité plus contemporaine.
