EDDINGTON sur CANAL+ : que signifie vraiment la fin du film avec Joaquin Phoenix ?
Avec EDDINGTON, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, Ari Aster s’est attaqué à l’Amérique de 2020 et à tout ce que cette drôle d’année a révélé de notre société. À l’occasion de l’arrivée du film avec Joaquin Phoenix, Pedro Pascal et Emma Stone sur CANAL+, revenons sur sa fin complètement folle et surtout sur ce qu’elle raconte vraiment.
Après l’horreur, Ari Aster s’attaque au cauchemar américain avec EDDINGTON
Si le nom d’Ari Aster vous dit quelque chose, c’est probablement parce que le réalisateur américain a passé les dernières années à nous mettre légèrement mal à l’aise. Et on reste polis.
Après HÉRÉDITÉ, qui transformait un drame familial en cauchemar démoniaque, puis MIDSOMMAR, consacré à la lente désintégration d’un couple au sein d’une inquiétante communauté suédoise, BEAU IS AFRAID enfermait Joaquin Phoenix dans l’esprit d’un homme rongé par l’anxiété. Trois films très différents, mais une même obsession : des personnages incapables de communiquer avec les autres jusqu’à transformer leur existence en cauchemar.
Avec EDDINGTON, son quatrième long-métrage, Ari Aster change d’échelle. Cette fois, le problème n’est plus une famille, un couple ou un homme mais toute une société qui ne parvient plus à se parler.
Nous sommes en mai 2020, au début de la pandémie. Joe Cross (Joaquin Phoenix), shérif d’une petite ville du Nouveau-Mexique, s’oppose aux mesures sanitaires et au maire Ted Garcia (Pedro Pascal), défenseur du port du masque et d’un immense projet de data center. Autour d’eux, les manifestations Black Lives Matter gagnent Eddington, les adolescents découvrent le militantisme sur Instagram, tandis que complotisme et influenceurs envahissent les téléphones.
Ari Aster a d’ailleurs expliqué avoir imaginé le film pendant le confinement et créé plusieurs faux comptes sur les réseaux sociaux pour observer comment les algorithmes enferment progressivement leurs utilisateurs dans différentes bulles idéologiques, et les empêchent dès lors de partager une même réalité. Une démarche qui n'est pas sans rappeler le récent BUGONIA, également avec Emma Stone.
La fin d’EDDINGTON expliquée : que signifie-t-elle vraiment ?
À mesure que sa campagne tourne au désastre, Joe devient franchement dangereux. Il assassine Ted et son fils Eric, puis tente de maquiller le crime en attaque politique. Peu après, des hommes armés débarquent en ville et Eddington se transforme en véritable zone de guerre.
Ari Aster refuse volontairement d’expliquer clairement qui ils sont. Selon le réalisateur, cette séquence fonctionne comme un test de Rorschach : chacun peut y projeter ses propres peurs et ses propres théories. Même le spectateur se retrouve donc à chercher une explication qui corresponde à sa vision du monde. Joe est finalement grièvement blessé avant d’être sauvé par Brian, un adolescent qui militait quelques heures plus tôt pour Black Lives Matter.
Un an plus tard, le tableau est absurde. Joe, lourdement handicapé et incapable de parler, est devenu maire. Brian est désormais une personnalité de la droite américaine. Louise (Emma Stone) apparaît enceinte aux côtés du gourou Vernon Jefferson Peak. Chacun a réussi à transformer le chaos en une nouvelle histoire. Mais surtout, le data center est terminé.
Pendant que les habitants se déchiraient sur les masques, les élections, Black Lives Matter ou les théories du complot, l’immense centre de données (désastre écologique) annoncé au début du film a tranquillement continué sa construction. C’est d'ailleurs lui qui occupe le dernier plan.
Ari Aster a même résumé EDDINGTON comme un film sur « la construction d’un data center ». Tout le reste détourne notre attention pendant qu’une transformation beaucoup plus profonde du monde se poursuit en arrière-plan.
La conclusion est alors particulièrement noire : les personnages passent leur temps à se battre pour imposer leur version de la réalité, mais aucun ne contrôle réellement ce qui est en train de changer leur société.
