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“Elle avait l’impression de revoir Samuel” : Antoine Reinartz raconte le tournage de L’ABANDON

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2026, le film L’ABANDON revient sur l’assassinat de Samuel Paty à travers les derniers jours du professeur. Un sujet particulièrement sensible, porté à l’écran par Antoine Reinartz dans son tout premier grand rôle principal au cinéma. Lors de notre rencontre à Cannes, l’acteur est revenu sur ce tournage hors norme, sa préparation, mais aussi sur la relation qu’il a nouée avec la sœur de Samuel Paty.

Les derniers jours de Samuel Paty racontés dans L’ABANDON

Le 16 octobre 2020, la France découvre, horrifiée, l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, victime d’un attentat islamiste après avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. Pendant plusieurs semaines, le pays tout entier semble sidéré par ce drame qui dépasse immédiatement le simple fait divers pour devenir un traumatisme collectif, mais aussi un immense point de fracture politique, médiatique et social.

Six ans plus tard, L’ABANDON de Vincent Garenq choisit de revenir sur cette affaire encore brûlante, en s’intéressant avant tout à l’homme derrière le symbole : un professeur, un père, un collègue, qui voit progressivement son quotidien basculer dans quelque chose qui le dépasse totalement.

Mais comment représenter Samuel Paty au cinéma sans réduire sa figure à une simple incarnation de la République ou de la liberté d'expression ? Comment filmer un drame encore si proche sans tomber dans le didactisme ou la reconstitution froide ?

Pour porter cette responsabilité à l’écran, Vincent Garenq a choisi Antoine Reinartz, révélé notamment dans 120 BATTEMENTS PAR MINUTE et ANATOMIE D’UNE CHUTE. Un premier grand rôle particulièrement vertigineux pour l’acteur, peu habitué à ce que les regards soient braqués sur lui.

Avec L’ABANDON, Antoine Reinartz se retrouve pour la première fois au centre d’un long-métrage. Mais au-delà du simple statut de “premier rôle”, l’acteur sait surtout qu’il porte ici un sujet encore profondément sensible en France. Un film qui dépasse immédiatement le cadre du cinéma pour toucher à quelque chose de beaucoup plus intime et politique.

L’acteur reconnaît d’ailleurs avoir abordé toute la promotion du film avec davantage de précautions qu’à son habitude :

“Je réfléchis beaucoup plus avant de répondre, parce qu’on peut très vite partir sur des sujets politiques qui dépassent le film. Moi, mon endroit, c’est avant tout de parler du personnage et de l’histoire qu’on raconte.”

Devenir Samuel Paty

Antoine Reinartz explique ainsi qu’il ne pouvait pas travailler comme sur un biopic classique. Il n’a eu accès à aucune archive intime lui permettant de reproduire précisément sa manière de parler, ses gestes ou ses mimiques. Son travail s’est donc construit dans un équilibre particulièrement délicat, entre fidélité à la réalité et nécessité de recréer malgré tout un personnage vivant :

“Il fallait toujours être guidé par la vérité, tout en acceptant qu’à un moment, c’était aussi à moi de m’approprier le personnage.”

Pour préparer le rôle, Antoine Reinartz s’est plongé dans les comptes rendus d’enquête, les éléments du procès et les témoignages des proches de Samuel Paty. Mais très vite, l’acteur comprend qu’il ne pourra jamais totalement “reconstituer” l’homme qu’il doit interpréter :

“On ne connaît pas le son de sa voix, on ne connaît pas vraiment ses mimiques, on ne sait pas exactement ce qu’il disait chez lui avec son fils… Donc il y a forcément des endroits où il faut aussi inventer.”

Il a pu compter sur un soutien de taille : Mickaëlle, la soeur de Samuel Paty, qui a accompagné le projet tout au long de sa fabrication. 

Antoine Reinartz raconte qu’elle lui a surtout parlé de l’homme qu’était son frère au quotidien : un père très présent, passionné par la transmission et profondément investi dans son métier d’enseignant.

“Elle m’a expliqué que c’était un papa très cool, très paternel, quelqu’un qui réfléchissait énormément à la pédagogie.”

Mais surtout, Mickaëlle Paty n’a jamais cherché à imposer une imitation précise de son frère. L’acteur décrit au contraire une présence discrète mais essentielle, attentive à la justesse du film sans enfermer les comédiens dans une simple reproduction mécanique de la réalité.

“À la fin, elle m’a dit qu’elle avait vraiment l’impression de revoir Samuel.”

Une remarque qui semble avoir profondément rassuré Antoine Reinartz, lui qui craignait constamment de laisser trop de lui-même dans le personnage.

Montrer la barbarie

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer pour un sujet aussi lourd, Antoine Reinartz décrit une atmosphère étonnamment apaisée sur le plateau :

“Bizarrement, c’était un tournage très doux.”

Le film a été tourné dans un véritable collège de banlieue, constamment rempli d’élèves venus participer aux scènes de classe et de couloir. Cette présence permanente de jeunes acteurs a profondément influencé la manière de filmer et de jouer. Plutôt que de figer les scènes dans une reconstitution scolaire trop démonstrative, Vincent Garenq cherchait au contraire à préserver quelque chose de vivant, d’imprévisible, presque de quotidien.

Antoine Reinartz raconte ainsi avoir beaucoup travaillé sur la spontanéité des échanges avec les adolescents :

“Le danger, c’était que les élèves récitent simplement leurs scènes. Moi, j’avais besoin de les surprendre pour que le cours reste vivant.”

Concernant la représentation de l’assasinat de Samuel Paty, de nombreuses discussions ont eu lieu mais Vincent Garenq a choisi d’aller jusqu’aux conséquences les plus brutales de l’assassinat :

“Le but, ce n’était pas de faire du glauque. Mais il fallait quand même montrer la barbarie de ce qui s’est passé.”

Pour Antoine Reinartz, cette dernière partie du film permet aussi d’élargir le regard au-delà du seul drame individuel de Samuel Paty. Car L’ABANDON interroge également ce qui vient après : la peur des enseignants, le sentiment d’abandon, mais aussi la difficulté de continuer à transmettre après un tel choc.

“Comment continuer à enseigner à des élèves de 12 ans après ça ? Ce sont des questions immenses que le film essaye aussi d’ouvrir.”

L'ABANDON en salles le 13 mai 2026.