Francis Ford Coppola, le monstre sacré absolu du Nouvel Hollywood

Posté par Alexis Lebrun le 3 février 2022
Plus qu’aucun autre, il incarne peut-être la folie créative et les excès de cette période dorée de l’histoire du cinéma américain. À la tête d’une filmographie prodigieuse où les grands classiques côtoient les films culte maudits, Francis Ford Coppola est une véritable légende vivante, et il est à l’honneur ce mois-ci sur TCM Cinéma et la nouvelle chaîne CANAL+ GRAND ÉCRAN.
Les années 1970, réservoir à chefs-d’œuvre

Si Francis Ford Coppola avait déjà commencé à faire parler de lui en tant que scénariste et réalisateur de films déjà passionnants dans les années 1960, c’est au début de la décennie suivante qu’il explose et devient l’un des fers de lance d’un mouvement alors naissant et qui bouleverse les codes de l’industrie du cinéma américain, le Nouvel Hollywood. Coppola allume la première mèche en 1972 avec LE PARRAIN, où il met en scène la mafia italo-américaine dans un style flamboyant, marqué par la musique inoubliable de Nino Rota et l'éclairage sombre du chef opérateur Gordon Willis. Sidéré, le public redécouvre Marlon Brando dans un rôle de vieux chef mafieux affaibli, et le film révèle surtout au grand public un talent hors du commun avec Al Pacino, qui campe avec une noirceur magnétique l’héritier imprévu de la famille Corleone. Premier chef-d’œuvre, et premier Oscar pour Coppola. Il réalise un doublé inédit deux ans plus tard avec une suite qui réussit l’exploit improbable d’être encore meilleure que le premier épisode. Avec LE PARRAIN 2 (1974), le réalisateur donne en effet naissance à une grande épopée familiale tragique, où les flashbacks sur l’ascension du jeune Don Corleone joué par Robert De Niro répondent à la descente aux enfers de son fils, Michael Corlone (Al Pacino).

Des années plus tard, Coppola réalisera une conclusion mal-aimée à la saga, LE PARRAIN 3 (1990), mais qui mérite aujourd’hui un nouveau regard. Superbement remasterisée et remontée par le réalisateur, la version director’s cut du film (2020) est disponible pour la première à la télévision sur la nouvelle chaîne CANAL+ GRAND ÉCRAN. Et il ne faut la rater pour rien au monde, car le seul défaut du PARRAIN 3 est d’arriver après deux monuments, mais en soi, il s’agit d’une conclusion magnifiquement crépusculaire. On l’oublie souvent aussi, mais entre LE PARRAIN, LE PARRAIN 2 et APOCALYPSE NOW (1979), Francis Ford Coppola a sorti encore un autre grand film dans les années 1970 : CONVERSATION SECRÈTE (1974). Ce thriller d’espionnage est resté relativement confidentiel pour le public français de l’époque, mais il a rapporté à Coppola sa première Palme d’Or à Cannes, et ce n’est pas volé. Ce long-métrage sorti en plein scandale des écoutes du Watergate offre une réflexion sur la surveillance qui demeure incroyablement d’actualité d’aujourd’hui. Et outre la musique hypnotisante de David Shire, CONVERSATION SECRÈTE peut compter sur un formidable casting : Gene Hackman y est au sommet de son art, on retrouve quelques acteurs bien connus du PARRAIN comme John Cazale et Robert Duvall, et on y voit même un tout jeune Harrison Ford dans l’un de ses premiers rôles.

Les années 1980, réservoir à pépites méconnues

Après le tournage chaotique d’APOCALYPSE NOW, depuis entré dans la légende du septième art, Francis Ford Coppola ne modère en rien ses ambitions démesurées. Comme sa fresque épique sur la guerre du Vietnam, son film suivant est un projet délirant dont il fait exploser le budget. Ce film, c’est COUP DE CŒUR (1982), une comédie musicale située à Las Vegas, mais que Coppola décide de tourner entièrement en studio avec de gigantesques décors qui coûtent des millions de dollars. Sur le plan visuel, le résultat est à couper le souffle, grâce au travail du chef opérateur Vittorio Storaro, déjà à l’œuvre sur APOCALYPSE NOW. Mais COUP DE CŒUR fait un bide retentissant au box-office et ruine complètement Coppola, qui est obligé de réaliser des commandes venues des grands studios pour payer ses dettes. Pas de quoi entraver sa vision d’auteur, puisque certains de ces projets sont aujourd’hui considérés comme culte : c’est le cas du très beau RUSTY JAMES (1983), où il révèle un certain Mickey Rourke aux côtés du jeune Matt Dillon. Ce long-métrage en noir et blanc qui rend hommage à l’âge d’or du film noir et du cinéma expressionnisme allemand est visuellement très avant-gardiste, et on peut en dire autant de la musique expérimentale composée par le batteur de Police, Stewart Copeland.

Les années 1990 ne seront pas bien meilleures pour les finances de Coppola, forcé de tourner d’autres films de studio pour renflouer ses caisses. Mais là encore, il réussit à se distinguer du tout-venant de l’époque. Après son adaptation assez démente de DRACULA (1992), il recrute le jeune Matt Damon encore inconnu du grand public pour jouer aux côtés de Claire Danes, Danny DeVito, Jon Voight et Mickey Rourke dans le thriller judiciaire L’IDÉALISTE (1997), excellente adaptation du roman de John Grisham. Comme RUSTY JAMES et COUP DE CŒUR, le film déçoit au box-office, mais tout cela n’a pas empêché Coppola de revenir à la réalisation dans les années 2000, même si cela fait maintenant plus de dix ans qu’il n’a sorti aucun long-métrage. Il semble travailler depuis plusieurs années sur un projet d’ampleur justement nommé MEGALOPOLIS, et il a récemment déclaré qu’il était prêt à sortir de sa poche un montant faramineux (100 millions de dollars) pour réaliser ce dernier grand film. À 82 ans, ce monstre sacré absolu du Nouvel Hollywood ne se refait pas, et il n’a rien perdu de son jusqu’auboutisme.

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