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Il y a 30 ans, la fin traumatisante de SEVEN aurait pu être bien différente

La force d'un thriller repose principalement sur un rebondissement final qui doit laisser le spectateur sur les fesses. Et à ce jeu-là, SEVEN, de David Fincher, est devenu un mètre-étalon du genre depuis trente ans.

SEVEN, une fin qui marque les esprits depuis 1996

Tout le monde connaît la fin de SEVEN. Même ceux qui ne l'ont pas vu. Le film de David Fincher est devenu un exemple à suivre pour de nombreux réalisateurs/scénaristes envieux d'approcher le même perfectionnisme du maître et d'avoir un rebondissement final à la hauteur du machiavélisme de son John Doe.

Le film suivait deux enquêteurs, incarnés par Brad Pitt et Morgan Freeman, sur les traces d'un mystérieux serial killer tuant ses victimes sur le modèle des sept péchés capitaux. Alors que le tandem piétine, le tueur, incarné par Kevin Spacey, décide de se rendre, mais il a une condition. Mills (Pitt) et Somerset (Freeman) doivent l'accompagner dans une zone isolée. C'est là qu'un livreur arrive avec une boîte. Le reste appartient à l'histoire… Mais vous connaissez la suite. Sinon, attention, spoilers.

Alors que Mills garde Doe en joue, Somerset ouvre la boîte et découvre quelque chose hors champ. Il fonce alors pour empêcher Mills de commettre l'irréparable tandis que Doe lui explique le contenant. On devine alors qu'il s'agit de la tête de Tracy, la femme de Mills, incarnée par Gwyneth Paltrow. Fou de colère, le jeune flic abat le tueur. Une fin iconique, un twist mémorable et la fameuse phrase « Qu'est-ce qu'il y a dans ce paquet ? »

SEVEN et autant de versions

Sauf que la production de SEVEN n'a pas été un long fleuve tranquille et qu'il y a presque autant de fins envisagées qu'il y a eu de victimes de John Doe.

À l'origine, le script que Fincher va tourner est bien celui que nous connaissons. Néanmoins, le studio est un peu frileux et demande au scénariste de Kevin Andrew de réécrire une version complètement différente, loin du désert, de la boîte, une fin (presque) heureuse dans une église. Autant dire que David Fincher rejette rapidement cette idée.

Une autre conclusion, plus douce, va jusqu'à la phase de storyboard : que Somerset tue Doe à la place de Mills. Si Freeman semble enthousiaste à l'idée, Pitt met son veto, estimant que ce ne serait pas cohérent avec les personnages. D'ailleurs, Pitt est l'un des artisans avec Fincher du SEVEN définitif puisqu'il avait mis deux clauses dans son contrat : que l'on respecte le scénario original avec la tête dans la boîte, et que Mills finisse bien par tirer.

Fincher lui-même tente quelque chose de brutal : arrêter SEVEN juste après que Mills tue Doe. Une balle, puis fin. Toutefois, les projections test semblent mal recevoir cet épilogue et on rajoute la citation d'Hemingway pour adoucir un peu le trait. Malgré cela, la production tente encore de faire valider à Fincher une alternative pour éviter de choquer le public : que la tête soit celle d'un chien.

Finalement, la conclusion telle que nous la connaissons a le feu vert à une seule condition imposée par la production : ne pas montrer la tête à l'écran. Mais, et si c'était le plan de Fincher depuis le début ? Une rumeur tenace a voulu que le réalisateur ait prévu de montrer la figure décapitée de Gwyneth Paltrow et qu'il ait dû y renoncer.

Le principal intéressé s'en est défendu lors de la restauration du film, précisant qu'il n'y avait même pas de reproduction dans la boîte, juste un « sac de sable de deux ou trois kilos » avec une perruque et un peu de sang pour coller les cheveux pour donner à Morgan Freeman du matériel de jeu. « On n'a pas besoin de voir ce qu'il y a dans la boîte si on a Morgan Freeman », conclut le réalisateur, comme pour annoncer la couleur : Fincher aura été (presque) intransigeant jusqu'au bout avec son épilogue et ce, malgré les nombreuses contre-propositions. Qu'est-ce qu'il y a dans ce paquet ? Vous ne le verrez jamais.