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Je ne me suis pas remis de ma rencontre avec cette légende du cinéma

Mon métier est ainsi fait qu’il offre parfois des moments magiques, hors du temps. Des moments où ma mythologie rencontre ma réalité... Un moment comme celui que j’ai eu l’immense chance de vivre dimanche dernier, dans un salon d’un palace de Deauville, pas bien loin des planches de la ville... Une interview pas comme les autres, puisqu’en face de moi, ce n’était pas juste une actrice, pas juste une star, pas juste un des plus grands noms de l’histoire du cinéma. Assise face à moi, j’avais tout simplement une légende d’Hollywood...

''J’ai dû faire quelque chose de bien dans ma vie''

Assise face à moi : Kim Novak, invitée d’honneur du 51e Festival du cinéma américain de Deauville
Avant cela, c’est la Mostra de Venise qui l’a applaudie à tout rompre. À 92 ans, Madame Novak reçoit enfin l’hommage que les amoureux du cinéma lui doivent depuis si longtemps. Un hommage qu’elle sait apprécier. « C’est à la fois irréel et pourtant bien réel », explique-t-elle. « Je ressens l’amour et l’appréciation du public, et c’est une joie immense. Atteindre 92 ans et sentir que les gens se souviennent encore de vous. Ça signifie que j’ai dû faire quelque chose de bien dans ma vie. » 

Voilà le parfait exemple d’un gentil euphémisme. La carrière de Kim Novak à Hollywood fut courte mais immense. Ses films sont toujours là pour en témoigner : PICNIC, L'HOMME AU BRAS D'OR, EMBRASSE-MOI IDIOT, AU MILIEU DE LA NUIT,  L'ADORABLE VOISINE, L'INQUIETANTE DAME EN NOIR, LA BLONDE OU LA ROUSSE, L'ANGE PERVERS, UN SEUL AMOUR ou, bien entendu, SUEURS FROIDES... 

''Au départ, SUEURS FROIDES n'a pas été un succès''

Le film d’Alfred Hitchcock est considéré comme le meilleur film de tous les temps par le très sérieux British Film Institute. Et la performance de Kim Novak dans le double rôle de Judy et Madeleine reste tout simplement inoubliable. Un chef-d’œuvre incontesté aujourd’hui, mais ce ne fut pas toujours le cas. « Au départ, le film n’a pas du tout été un succès, et pourtant j’y croyais profondément », se souvient Kim Novak. « Mais il est intemporel. Et très en avance sur son temps... Avec James Stewart, nous ne jouions pas, nous réagissions vraiment à la vie. À l’époque, personne ne faisait ça, beaucoup d’acteurs surjouaient. Nous, nous étions simplement vrais. C’est ce qui rend ce film si puissant. »   
 

À la fin des années 60, alors qu’elle était en pleine gloire, Kim ne supporte plus les diktats hollywoodiens, elle se fatigue de la pression des studios et envoie tout balader. Elle quitte la cité du cinéma et n’y reviendra que sporadiquement au début, puis plus du tout par la suite. Elle préfèrera consacrer son temps à la peinture et à sa ferme dans l’Oregon... 
Un choix rare et courageux que raconte le documentaire Kim Novak’s Vertigo d’Alexandre O. Philippe, présenté à Deauville. Un documentaire cathartique pour l’actrice... « Si je me livre autant dans le documentaire, c’est parce que son réalisateur m’a immédiatement inspiré confiance », raconte-t-elle. « J’avais presque l’impression de me confesser à un prêtre. Il m’a donné la permission d’être moi, de me montrer telle que je suis — contrairement à un réalisateur qui vous dit comment il veut que vous soyez. Faire le documentaire m’a aussi rappelé à quel point mon père m’a inculqué des valeurs de dignité et d’honneur. Mes parents m’ont donné plus qu’une vie : une perspective. C’est ce qui m’a permis de tenir bon, de ne pas plier, et de rester toujours fidèle à moi-même. » 

Des valeurs qui l’aident encore à affronter le monde contemporain. « Aujourd’hui, j’ai envie de comprendre davantage ce qui se passe autour de nous, même si parfois on préférerait détourner le regard », avoue-t-elle. « Mais il faut regarder la vérité en face, même quand ce n’est pas facile. C’est le seul moyen de savoir ce qu’il reste à défendre. Nous sommes ici en Normandie, où des soldats ont donné leur vie pour défendre la liberté et la démocratie. Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, nous battre — au moins par nos voix, nos protestations ? Je ne renoncerai jamais à mes convictions. Physiquement, je me déplace moins facilement, mais si je peux rallier d’autres personnes, je serai encore présente. Nous devons préserver ce qu’il reste de notre humanité, de notre sens moral. » 

''Un film français, pourquoi pas ?''

Et le cinéma dans tout ça ? Kim Novak s’y intéresse toujours, mais de loin. « Je suis toujours une spectatrice de cinéma assidue. J’aime beaucoup de films d’aujourd’hui. Les acteurs sont davantage dans la réaction que dans le jeu forcé. J’admirais particulièrement Philip Seymour Hoffman — quelle perte immense ! Il réagissait avec toute son expérience de vie. C’est ce que j’aime. Parfois, je me dis que j’aimerais encore tourner, montrer des choses que je n’ai pas pu montrer autrefois — ma passion, ma tristesse, mes émotions profondes — et ne plus être seulement “un joli visage”. Aujourd’hui, je peux me concentrer sur la vie, pas sur l’apparence. » 

Voyant une petite ouverture, je me permets de lui demander si elle serait intéressée par un rôle dans un film français. Elle me répond par un éclat de rire puis réfléchit. « En même temps, les Français savent si bien parler de la vie et des sentiments… Alors pourquoi pas ? » 

Si j’étais scénariste, je me serais déjà jeté sur mon ordinateur pour écrire un rôle pour Madame Kim Novak... 

Crédits Photos :
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Festival de Deauville 2025 © François Durand / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
Sueurs Froides © 1958 UNIVERSAL CITY STUDIOS
Embrasse moi idiot ©1964 METRO-GOLDWYN-MAYER STUDIOS Inc; All Rights Reserved.