« June & John » : Luc Besson revient avec une romance intime et audacieuse
En marge de ses grandes productions, Luc Besson s’offre une respiration : June & John est un film discret, sincère, où l’amour et la solitude se croisent dans un Los Angeles confiné. Un tournant assumé, et réussi.
June & John : une production discrète, née du confinement
June & John est avant tout un film né d’un moment suspendu : le confinement de 2020. Tandis que le monde s’arrêtait, Luc Besson en profitait pour se recentrer sur un projet personnel, qu’il a tourné en toute discrétion à Los Angeles. Financé sans soutien extérieur, produit par sa société EuropaCorp et copiloté avec sa compagne Virginie Besson-Silla, le film a été réalisé avec une petite équipe technique et un budget très modeste, à mille lieues des standards du réalisateur.
Ce contexte particulier a donné naissance à une œuvre dépouillée, filmée à l'Iphone, qui privilégie la spontanéité à la démonstration. Besson, qui assure également le scénario, la mise en scène et le montage, signe ici une création artisanale, presque expérimentale. Une façon pour lui de revenir à l’essentiel : raconter une histoire simple, mais sincère.

Une histoire d’amour ancrée dans le présent
June & John raconte la rencontre entre deux jeunes adultes que tout oppose. John, discret et introverti, croise la route de June, libre et solaire. Le film suit l’évolution de leur relation, entre errances, confrontations et rapprochements, dans un Los Angeles presque vidé de sa population. La ville devient un décor mélancolique, reflet de leurs solitudes respectives et du monde en suspens.
À travers cette romance atypique, Luc Besson aborde des thématiques actuelles : la difficulté de s’engager, le besoin d’émancipation, la recherche d’identité dans un monde en perte de repères. Le scénario, tout en légèreté, évite le pathos pour privilégier l’émotion brute. Loin des stéréotypes du genre, le film propose une exploration nuancée des liens qui se tissent entre deux êtres cabossés par la vie.
Un duo de jeunes acteurs prometteurs
La réussite du film repose en grande partie sur l’interprétation de ses deux jeunes comédiens : Luke Stanton Eddy (John) et Matilda Price (June). Inconnus du grand public, ils livrent une performance juste et naturelle, portée par une alchimie discrète mais palpable. Leurs regards, leurs silences, leurs hésitations donnent corps à des personnages crédibles, loin des caricatures souvent associées aux récits de jeunesse.
Luc Besson leur offre un espace de jeu libre, presque documentaire, où les émotions semblent surgir sans filtre. Une direction d’acteurs sobre, qui contribue à l’authenticité du récit. En choisissant de ne pas miser sur des têtes d’affiche, le cinéaste redonne toute sa place à l’histoire, et à ceux qui la portent.
Une mise en scène épurée, loin du spectaculaire
Visuellement, June & John détonne dans la filmographie de Besson. Exit les effets spéciaux, les mouvements de caméra virtuoses ou les décors surchargés. Le film adopte une esthétique sobre, proche du cinéma indépendant, qui laisse respirer les scènes et donne du relief aux silences.
La photographie, baignée de lumière naturelle, accentue la sensation de réel. Le montage, également signé Besson, privilégie les plans longs et les ruptures douces, renforçant l’impression de flottement. On est loin de Lucy ou de Valérian, et pourtant, c’est bien ce changement de ton qui rend le film attachant.
Une œuvre à part, entre sincérité et renouveau
Avec June & John, Luc Besson signe l’un de ses films les plus personnels. Dans un format resserré, tourné à l’écart du système, il retrouve une liberté de création qu’on ne lui avait pas vue depuis longtemps. Ce projet, à la fois modeste et audacieux, témoigne d’une envie de cinéma débarrassée du spectaculaire, recentrée sur l’humain.
Ce n’est peut-être pas le film le plus marquant de sa carrière, mais il est assurément l’un des plus sincères. Une preuve que le réalisateur de Subway et Nikita peut encore surprendre, loin des sentiers battus, avec une œuvre à la fois fragile et lumineuse.
