La James Bond Girl, un mythe en pleine mutation

Posté par Alexis Lebrun le 4 avril 2022
Depuis ses débuts au cinéma en 1962, l’agent 007 a vu passer dans son lit des dizaines de femmes au physique on ne peut plus avantageux. Mais depuis quelques années, un vent de révolte et de modernité souffle chez les James Bond girls.
Les années Connery, la naissance d’une légende

C’est peut-être l’image la plus célèbre de toute la saga. Depuis une plage de rêve, Sean Connery voit sortir de l’eau une femme blonde avec un bikini blanc qui appartient à la légende du cinéma. Cette naïade, c’est « Honey Rider », la première James Bond girl de l’histoire, jouée par la suissesse Ursula Andress dans JAMES BOND 007 CONTRE DR NO (Terence Young, 1962). En quelques instants, un mythe est né, et avec lui, la définition de ce que seront pendant longtemps les conquêtes féminines du playboy 007. À quelques exceptions près, les James Bond girls se contentent pendant longtemps d’être des objets du désir masculin.

Et après avoir passé la nuit avec l’agent secret, leur espérance de vie dépasse rarement quelques heures. Ce modèle dominera outrageusement des années 1960 aux années 1980, avec bien sûr des variantes : au-delà des nombreuses espionnes ou femmes fatales – qui portent aussi souvent un nom salace comme Pussy Galore ou Holly Goodhead –, James Bond adore sauver les demoiselles en détresse comme deux autres naïades bondiennes, jouées par les Françaises Claudine Auger (Domino) dans OPÉRATION TONNERRE (Terence Young, 1965) et Carole Bouquet (Melina) dans RIEN QUE POUR VOS YEUX (John Glen, 1981), même si cette dernière possède aussi une certaine indépendance dans sa quête de vengeance.

Les années Brosnan, le premier tournant

Et l’indépendance, c’est ce dont il va commencer à être question à partir du milieu des années 1990 et l’arrivée de Pierce Brosnan dans la peau de James. Après la parenthèse Timothy Dalton, où Bond s’est calmé sur la gaudriole à cause de l’apparition du sida, la reprise du rôle par l’acteur irlandais marque le début d’une nouvelle ère pour les James Bond girls. Certes, comme Roger Moore avant lui, Pierce Brosnan collectionne les conquêtes à un rythme effréné, mais les quelques changements esquissés pendant le règne du premier sont amplifiés à l’arrivée du second. Dès GOLDENEYE (Martin Campbell, 1995), Bond est renvoyé dans les cordes par M (Judi Dench) qui le qualifie de « dinosaure sexiste et misogyne ».

Et de fait, les choses changent avec Xenia Onatopp (Famke Janssen), tueuse psychopathe qui jouit littéralement en assassinant ses proies au lit. Dans DEMAIN NE MEURT JAMAIS (Roger Spottiswoode, 1997), l’experte en arts martiaux Wai Lin (Michelle Yeoh) révolutionne le rôle de la James Bond girl en rivalisant avec 007 comme véritable héroïne d’action. Sophie Marceau donne ensuite une ampleur inédite à l’archétype de la femme fatale bondienne, en incarnant Elektra King, une redoutable antagoniste principale parricide dans LE MONDE NE SUFFIT PAS (Michael Apted, 1999), où elle torture Bond avec un certain sadisme. Le même film voit carrément l’apparition d’une James Bond girl physicienne nucléaire capable de désamorcer une bombe atomique, même si ce personnage est joué par une Denise Richards déguisée en Lara Croft.

Les années Craig, la métamorphose du rôle

En 2002, la boucle est bouclée pour le quarantième anniversaire de la franchise quand Halle Berry (Jinx) rend hommage à Ursula Andress dans MEURS UN AUTRE JOUR (Lee Tamahori), en sortant de l’eau dans un maillot de bain orange accompagné d’un ceinturon et d’un couteau. Cela dit, les temps ont changé : Jinx n’est pas une pêcheuse de coquillages comme son ancêtre mais une agente de la NSA qui sait quasiment tout faire, comme James. Mais le meilleur est encore à venir. Avec l’arrivée de Daniel Craig dans la peau de 007, la James Bond girl va opérer une transformation aussi importante que celle de l’agent lui-même. Car si CASINO ROYALE (Martin Campbell, 2006) est l’un des films les plus mémorables de la saga, c’est bien sûr en raison de l’histoire d’amour tragique entre Bond et Vesper Lynd, le personnage joué par la Française Eva Green. À l’époque, c’est une véritable révolution : 007 n’a plus été amoureux à l’écran depuis son mariage de courte durée avec Tracy (Diana Rigg) dans le cultissime AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ (Peter Hunt, 1969). Après le tournant des années Brosnan, Eva Green fait entrer pour de bon les James Bond girls dans l’ère moderne grâce à sa complexité. L’actrice française est évidemment d’une sophistication renversante, mais elle joue surtout très bien un rôle moralement ambigu qui hantera le Bond de Daniel Craig pendant toute la suite de son règne.

Et dès le film suivant, la révolution se poursuit, puisque la James Bond girl de QUANTUM OF SOLACE (Marc Forster, 2008) ne se contente pas de se venger elle-même du tortionnaire de son enfance. Camille Montes (Olga Kurylenko) est une femme en mission et elle n’a pas vraiment le temps ni l’envie de coucher avec un James Bond lui-même traumatisé par sa relation avortée dans CASINO ROYALE. Une James Bond girl qui ne passe pas dans le lit de 007 ? Sacrilège pour certains fans ! Pourtant, cette tendance salvatrice se confirme dans MOURIR PEUT ATTENDRE (Cary Joji Fukunaga, 2021), où James Bond ne séduit ni Nomi (Lashana Lynch) ni Paloma (Ana de Armas), avec qui il partage plutôt une passion pour la baston. Car après avoir fait sa rencontre dans SPECTRE (Sam Mendes, 2015), 007 retrouve son grand amour Madeleine Swann (Léa Seydoux), dans le dernier épisode de la série. Un James Bond amoureux d’une James Bond girl, et ce dans plusieurs films ? Impensable sous Sean Connery, normal sous Daniel Craig, qui laisse même le matricule 007 à Lashana Lynch au début de MOURIR PEUT ATTENDRE. Un signe annonciateur d’une nouvelle révolution à venir : adieu les James Bond girls, bonjour les Bond women ?

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