La Palme d’Or 2025 est à voir au cinéma : un thriller qui ne vous laissera pas indifférents
Le jour J est enfin arrivé : UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi, la Palme d’Or 2025, est à voir dans les salles françaises. Un thriller implacable et brillamment mis en scène sur les traumatismes du régime totalitaire iranien. Un uppercut choisi pour représenter la France aux Oscars.
UN SIMPLE ACCIDENT : la Palme d’Or du courage de Jafar Panahi
Le 24 mai dernier, sur la scène du Grand Théâtre Lumière à Cannes, Juliette Binoche, présidente du jury du Festival, et Cate Blanchett, remettaient la Palme d’Or 2025 à Jafar Panahi pour son film UN SIMPLE ACCIDENT. Lors de la remise de la prestigieuse récompense, Juliette Binoche avait déclaré dans un discours poignant :
« Nous sommes ici avec tous ceux qui souffrent, non par opinion politique, mais par le cœur, la compassion, la tendresse. Par une humanité partagée pour la liberté retrouvée ».
Difficile de ne pas entendre dans ces mots un soutien direct au cinéaste iranien, longtemps emprisonné et contraint de tourner clandestinement. Au-delà de saluer une œuvre d’un immense cinéaste, cette Palme d’or était surtout politique, et un geste de solidarité autant qu’une reconnaissance de cinéma.

Une plongée dans les traumatismes de l’Iran
Pour rappel, UN SIMPLE ACCIDENT raconte l’histoire de Vahid, un mécanicien iranien et ancien prisonnier politique qui croit reconnaître dans un client de son garage, Eghbal, l'un de ses anciens tortionnaires de prison, identifiable notamment par le grincement de sa prothèse de jambe. Convaincu de sa culpabilité, Vahid enlève Eghbal et l'emmène devant un tribunal de fortune composé d'anciens co-détenus afin qu'ils confirment son identité. Certains réclament vengeance, d’autres hésitent ou refusent de condamner sans preuve irréfutable.
Le huis clos sur roues - un van qui devient à la fois cellule, tribunal et refuge - est typique du cinéma de Jafar Panahi. Comme dans TAXI TÉHÉRAN (Ours d’or à la Berlinale en 2015) la route sert de décor mouvant à un récit qui condense toutes les tensions d’une société. Au fil de ce road-movie, le cinéaste dresse aussi un portrait choral.
Vahid n’est pas seul : autour de lui, une mariée et son futur époux, une photographe, un colosse en colère… autant de figures qui, chacune à leur manière, portent les cicatrices du régime. Ensemble, ils doivent décider du sort d’un homme peut-être coupable, peut-être innocent. Le suspense naît autant de la question de l’identité de l’otage que de la capacité de ses ravisseurs à rester humains face à la tentation de reproduire la brutalité qu’ils ont subie.
Tourné clandestinement, sans financement iranien (mais co-financé par la France, ce qui explique sa présence aux Oscars pour défendre nos couleurs), UN SIMPLE ACCIDENT est surtout un geste de résistance. À l’instar de LES GRAINES DU FIGUIER SAUVAGE de Mohammad Rasoulof (prix spécial du jury à Cannes en 2024), il rappelle que le cinéma iranien continue d’exister malgré la censure et la répression.
La dernière séquence du film, d’une absolue maîtrise, vient illustrer à elle seule les cicatrices invisibles laissées par cette violence.
