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La plus grande saga d’action fête ses 30 ans, et elle aurait pu commencer par un énorme échec !

MISSION : IMPOSSIBLE est aujourd'hui une référence du cinéma d'action. Pourtant, lors de la sortie du tout premier film de Brian De Palma en 1996, le projet a frôlé la catastrophe industrielle entre scénarios réécrits à la chaîne et tensions sur le plateau.

MISSION : IMPOSSIBLE, une saga à succès mais une première production compliquée

Avec plus de 4,7 milliards de dollars de recettes répartis sur huit films, on peut dire que MISSION : IMPOSSIBLE est une des plus grandes sagas d’action du cinéma, si ce n’est la plus grande. Mais ce succès phénoménal n’aurait pas été possible sans la réussite du premier opus : le MISSION : IMPOSSIBLE (1996) de Brian De Palma, dont la production s'est révélée plus complexe qu’elle n’y paraît.

À l’époque, Brian De Palma sortait de l’échec commercial de L’IMPASSE (pourtant l'un de ses chefs-d'œuvre) et devait rapidement rebondir. Sydney Pollack, lui, travaillait déjà sur une adaptation de la série télévisée éponyme. Mais il a préféré jeter l'éponge pour réaliser le remake de SABRINA.

De Palma ne s’est donc pas fait prier et a aussitôt repris les rênes. Seulement, à son arrivée, Gloria Katz et Willard Huyck (les scénaristes d'AMERICAN GRAFFITI) étaient chargés du script et avaient imaginé une intrigue se déroulant exclusivement aux États-Unis.

Le réalisateur, se doutant que leur ton ironique ne plairait pas à Tom Cruise, il a proposé une autre structure après avoir rédigé une douzaine de pages avec Steven Zaillian (scénariste de LA LISTE DE SCHINDLER).

L’idée de génie de Brian De Palma

Dans cette nouvelle ébauche, en plus de se dérouler en Europe, MISSION : IMPOSSIBLE reprenait une structure similaire à celle des DOUZE SALOPARDS. Comme l’expliquait De Palma dans ses entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Ethan Hunt devait recruter son équipe aux quatre coins du globe :

Jean Reno était emprisonné en Inde, Ving Rhames se trouvait sur une île en Irlande... 

Cependant, avec une superstar de l'envergure de Tom Cruise en tête d'affiche, De Palma savait qu’il allait devoir détourner le concept original de la série pour mettre en avant un héros central : Ethan Hunt.

C’est de là qu’est née son idée de génie : tuer toute la première équipe d'agents dès le début du film. Un choix narratif audacieux. D’autant plus que le casting de départ alignait des noms célèbres : Kristin Scott Thomas, Jon Voight et Emmanuelle Béart (les deux derniers réapparaissent plus tard dans le film).

Des réécritures incessantes : « vrai cauchemar »

Débuter le film par ce massacre a été un coup de maître. Le public restant sous le choc et incapable de prédire la suite. Mais pour en arriver là, Brian De Palma a dû gérer de fortes tensions en coulisses, à commencer par une situation improbable entre David Koepp (son scénariste sur trois films) et Robert Towne (engagé par la Paramount pour réécrire le script).

Le studio souhaitait renvoyer David Koepp, mais De Palma l'a gardé sous le coude dans un autre hôtel. Le cinéaste s'est alors retrouvé à faire des allers-retours entre les deux auteurs pour faire le lien. Un « vrai cauchemar » d’après lui. D’autant qu’il considérait Robert Towne comme un piètre scénariste :

Ce n'est pas du tout un grand scénariste. (...) Pour qu'il puisse réécrire une scène, il fallait que je la joue devant lui. (...) Il a acquis une autra au fil des ans, mais fondamentalement, c'est un script-docteur, un type qui retape les scénarios des autres.

Le cinéaste a failli tout plaquer lorsque le scénariste a insisté pour terminer le film avec trois personnages en train de discuter dans la soute à bagages plutôt qu'avec Ethan sur un train à grande vitesse et face à l'hélicoptère piloté par Jean Reno.

Je me suis alors énervé et j’ai dit : "On ne peut pas finir sur des bavardages dans une soute à bagages, c’est Mission : Impossible, il faut finir de manière spectaculaire !"

Tom Cruise en conflit avec Emmanuelle Béart ?

Tom Cruise a finalement donné raison au réalisateur. C’est d’ailleurs la star américaine qui a permis l’utilisation d’un TGV pour le tournage en invitant à dîner l'un des dirigeants de la SNCF. Dans l’ensemble, tous les deux se sont plutôt bien entendus durant la production. On ne pourra pas en dire autant des relations entre l’interprète d’Ethan Hunt et l'actrice française Emmanuelle Béart. 

D’après Brian De Palma, « Tom Cruise avait pas mal de problèmes avec Béart », sans doute « par crainte qu’elle lui fasse de l’ombre » précisait le réalisateur. Le comédien, connu pour son exigence, aurait d'ailleurs eu un comportement froid avec l’actrice lors du tournage de la séquence finale :

Dans la scène de la soute à bagages à la fin, il s’est très mal comporté avec elle, ce qui m’a vraiment déplu car elle faisait du bon boulot (...) Les difficultés entre Tom et Emmanuelle n’ont pas aidé. C’était vraiment un tournage délicat.

De nombreuses scènes d’Emmanuelle Béart ont été coupées au montage, notamment une séquence de baiser entre les deux personnages pourtant présente dans la bande-annonce officielle. Malgré cela, en 2020, l’actrice affirmait garder un bon souvenir de sa collaboration avec Tom Cruise. Preuve qu'un même tournage peut être vécu différemment selon le point de vue.

Reste qu'avec ces changements scénaristiques constants et ces modifications en post-production, MISSION : IMPOSSIBLE aurait pu virer au fiasco. Au final, il n’en est rien, et Ethan Hunt a continué de sauver le monde à chaque opus…