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LE BLUES DE MA RAINEY est-il le chef-d’œuvre testamentaire de Chadwick Boseman ?

Posté par Alexis Lebrun le 4 décembre 2020
Le film de Netflix sur la « Mère du Blues » marque la toute dernière apparition à l’écran de l’acteur décédé prématurément en août dernier. D’après les critiques, sa prestation est le plus beau des cadeaux d’adieu et pourrait lui rapporter un Oscar posthume. Si l’on ajoute que Viola Davis a droit aux mêmes éloges dans le rôle principal, LE BLUES DE MA RAINEY pourrait bien s’imposer comme le grand film à statuettes que Netflix attendait.
L’adaptation d’une pièce de théâtre sur la ‘Mother of the Blues’

MA RAINEY'S BLACK BOTTOM, c’est le titre d’une pièce de théâtre écrite en 1982 par le dramaturge américain August Wilson, deux fois vainqueur du prix Pulitzer. Cette œuvre fait partie du « Pittsburgh Cycle », soit dix pièces qui abordent les conditions de vie de la communauté afro-américaine tout au long du 20ème siècle. MA RAINEY'S BLACK BOTTOM est la seule de la liste à se dérouler à Chicago et non à Pittsburgh, et pour cause : elle met en scène la chanteuse pionnière du blues Ma Rainey, et son titre fait aussi référence à la danse « black bottom », popularisée dans les années 1920 par les noirs dans le Sud des Etats-Unis. Mais au-delà de la musique, cette pièce traite surtout de l’exploitation faite par les blancs de la musique des artistes noirs dans l’Amérique de la ségrégation raciale.

Après avoir été jouée deux fois à Broadway en 1984 et 2003, la pièce est aujourd’hui adaptée en film pour la première fois par le réalisateur George C. Wolfe. LE BLUES DE MA RAINEY nous plonge donc au cœur d’une session d’enregistrement très tendue dans le Chicago des années 1920, où des musiciens comme l’ambitieux Levee (Chadwick Boseman) s’échauffent face au comportement de diva de Ma Rainey. Mais la bataille la plus importante a lieu entre cette dernière, son manager et son producteur blanc pour déterminer qui contrôlera les droits sur sa musique. À travers cette histoire, le film aborde en effet comme la pièce de théâtre la question raciale à cette époque aux Etats-Unis.

Viola Davis et Chadwick Boseman en route vers les Oscars

Ce n’est pas un secret, les deux rôles principaux du film sont fortement pressentis pour être nommés voire favoris lors de la prochaine cérémonie des Oscars. Il faut dire que la presse américaine qui a déjà pu voir LE BLUES DE MA RAINEY est dithyrambique sur les performances de Viola Davis et Chadwick Boseman. La première est une habituée puisqu’elle a déjà été nommée trois fois et qu’elle a gagné il y a quatre ans pour son second rôle dans FENCES (Denzel Washington, 2016). On retrouve d’ailleurs l’acteur-réalisateur dans les crédits du film de Netflix dont il est producteur, puisque c’est lui qui a signé il y a plusieurs années un contrat pour adapter les pièces de théâtre d’August Wilson en téléfilms.

Quant à Chadwick Boseman, après avoir déjà brillé en second rôle dans un autre film Netflix cette année avec DA 5 BLOODS (Spike Lee, 2020), il aura donc une deuxième chance de récolter un Oscar posthume, ce qui serait une première depuis Heath Ledger pour THE DARK KNIGHT (Christopher Nolan, 2008). Le débat le plus vif concerne la catégorie dans laquelle il devrait être nommé pour LE BLUES DE MA RAINEY, mais une majorité semble s’accorder pour dire que le personnage de Levee est aussi important que celui joué par Viola Davis, et qu’il ne s’agit donc pas d’un second rôle. Quoi qu’il en soit, sa prestation dans le film et l’émoi mondial causé par sa mort brutale rendent très crédibles l’éventualité d’un Oscar qui rendrait hommage à cet acteur talentueux devenu une icône de la pop culture en très peu de temps.

Destins brisés sur pellicule

La passion du cinéma pour les biopics musicaux ne date pas d’hier. Depuis des décennies, le septième art raffole des destins hors du commun et tragiques des grandes figures de la musique populaire, qui offrent évidemment des scénarios dramatiques de premier choix. Au sein de cette catégorie, le nombre de bons films sur les femmes musiciennes est étonnamment élevé par rapport à la moyenne des biopics musicaux. HBO a notamment rendu hommage à une artiste proche de Ma Rainey et tragiquement disparue dans un accident de voiture, avec BESSIE (Dee Rees, 2015), très beau téléfilm où Bessie Smith est brillamment incarnée par l’artiste Queen Latifah. On se souvient aussi qu’avec LADY SINGS THE BLUES (Sidney J. Furie, 1972), la chanteuse Diana Ross avait été nommée aux Oscars pour son interprétation excellente de Billie Holiday.

Tina Turner aura également droit à son biopic avec TINA (Brian Gibson, 1993), un film bourré d’imprécisions historiques sur sa vie, mais qui reste excellent grâce aux prestations d’Angela Bassett et Laurence Fishburne, tous deux nommés aux Oscars, et qui montrent à l’écran les violences commises par Ike Turner sur sa femme. Autre succès, DREAMGIRLS (Bill Condon, 2006) avait adapté la comédie musicale éponyme sur le génial girl group de Motown The Supremes, où Beyoncé et Jennifer Hudson donnaient la réplique à Jamie Foxx et Eddie Murphy. Dans un autre registre, Jennifer Lopez s’était révélée comme actrice dans SELENA (Gregory Nava, 1997), film qui racontait la vie de la chanteuse star Selena Quintanilla-Pérez, assassinée à 23 ans par le président de son fan club.

On peut encore citer SWEET DREAMS (Karel Reisz, 1985), où Jessica Lange joue la célèbre chanteuse country Patsy Cline, disparue à 30 ans dans un accident d’avion alors qu’elle est au sommet de sa carrière, ou THE ROSE (Mark Rydell, 1979), film inspiré de la vie de Janis Joplin où l’on assiste à la spirale autodestructrice d’une rock star interprétée par Bette Midler. Enfin, impossible de finir sans évoquer notre Édith Piaf nationale, qui a rapporté à Marion Cotillard l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans LA MÔME (Olivier Dahan, 2007). Et encore, afin de ne pas trop vous déprimer, on laisse de côté les pourtant très bons documentaires comme AMY (Asif Kapadia, 2015) sur la vie et la mort d’Amy Winehouse. Il n’y a pas à dire, les films sur les femmes musiciennes mettent la pêche.

LE BLUES DE MA RAINEY, visible à partir du 18 décembre sur Netflix, disponible avec CANAL+.

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