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Le Consentement, un film glaçant sur l’emprise du prédateur Gabriel Matzneff

Devenu un phénomène surprise dans les salles de cinéma grâce à TikTok et à un public jeune, l’adaptation du livre de Vanessa Springora décortique chirurgicalement la méthode de l’écrivain pédophile pour piéger ses victimes. Un film difficile mais nécessaire.

Une adaptation fidèle

Quatre ans après, on ne mesure pas encore bien l’onde de choc provoquée par la publication en janvier 2020 de l’ouvrage de Vanessa Springora, LE CONSENTEMENT. Ce récit autobiographique racontant sa relation sous emprise avec Gabriel Matzneff lorsqu’elle avait 14 ans, n’a en effet pas seulement mis en lumière les agissements et les écrits pédophiles de l’écrivain quinqua au moment des faits.

LE CONSENTEMENT a aussi obligé le monde de la culture à faire son mea culpa sur la bienveillance voire la protection dont il a bénéficié pendant des décennies pour sévir en toute impunité. Autant dire qu’adapter à l’écran un tel récit constituait une entreprise délicate, mais la réalisatrice Vanessa Filho a heureusement pu compter sur Vanessa Springora pour valider son scénario, ce qui explique sans doute pourquoi le film est si fidèle à son livre.

Mécanique de l’emprise

La réalisatrice de GUEULE D’ANGE (2018) permet de saisir avec beaucoup de limpidité comment Matzneff a pris l'ascendant sur la jeune Vanessa Springora, en jouant de son statut d’écrivain germanopratin et en lui faisant croire qu’elle était une muse unique dont il devait raconter « l’initiation » (sic) dans ses écrits.

Le film met en scène l’écrivain pédocriminel comme un prédateur qui use et abuse de son pouvoir pour maintenir son emprise sur sa proie, le tout avec la bénédiction d’un milieu littéraire pas choqué de le voir accompagné d’une personne qui a l’âge d’être sa fille, ni de détailler ses ébats avec elle ou des enfants philippins dans ses livres.

La révélation Kim Higelin

Dans ce rôle monstrueux de manipulateur assoiffé de virginité, Jean-Paul Rouve est absolument glaçant, transformé physiquement en bonze épilé et bronzé qui s’écoute parler pour impressionner son auditoire, en particulier la maman de Vanessa Springora, mère célibataire jouée avec une ambiguïté troublante par Laetitia Casta.

Mais la révélation du film est évidemment Kim Higelin, puisque la jeune actrice nommée aux César cette année brille dans ce premier grand rôle incroyablement délicat avec sa présence fragile à l’écran.

Attention toutefois : Vanessa Filho fait le choix de représenter frontalement l’insupportable, ce qui signifie que le film contient son lot de scènes très difficiles à regarder. Mais c’est à ce prix que LE CONSENTEMENT peut nous confronter à la réalité des crimes de Matzneff, et au-delà, à l’aveuglement d’une époque révoltante.

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