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Le Deuxième Acte : pourquoi aime-t-on les films dans les films ?

Dans son farfelu Deuxième acte, Quentin Dupieux s’essaye à un procédé bien connu : le film à l’intérieur du film. Une belle façon d'inviter son public à questionner la réalité au sein de la fiction, et de confirmer sa réputation de réalisateur aussi méta que loufoque.

La mise en abyme, un processus bien connu

L’idée du film dans le film, qu’on appelle stylistiquement “mise en abyme”, n’est pas nouvelle. Cette stratégie narrative est assumée par le film, et le spectateur comprend alors qu’il passe d’un niveau narratif à un autre, comme dans NOCTURNAL ANIMAL de Tom Ford, qui alterne la réalité des personnages et celle du livre que lit l’héroïne. C'est également la façon dont fonctionne THE TRUMAN SHOW, où les spectateurs savent qu'ils regardent une émission à l'intérieur du film (mais où le héros, lui, l'ignore).

Le basculement peut cependant être plus brutal et fonctionner comme un plot twist pour prendre le spectateur par surprise. C'est le cas de MULHOLLHAND DRIVE, qui mélange sans crier gare fiction et réalité, ou de SCREAM, une franchise qui a beaucoup joué avec le processus de mise en abîme -notamment dans l’épisode 4, où nous sommes invités à nous demander quand le film commence “pour de vrai”. 

Parler de cinéma au cinéma

Dans LE DEUXIÈME ACTE, Quentin Dupieux réutilise cette technique pour raconter deux histoires en une : celle du film que les personnages sont en train de tourner, où une jeune femme, incarnée par Léa Seydoux, aimerait présenter son compagnon, Louis Garrel, à son père, interprété par Vincent Lindon... et celles des acteurs de cette production fictive, qui entretiennent en réalité des relations bien différentes.

Outre l’effet de surprise que crée ce ressort narratif, la technique du film dans le film permet au réalisateur de parler directement de cinéma, en nous montrant les dessous d’un film et ce qu’il se passe lorsque l'on sort de la fiction et qu’on revient dans le réel. Une façon pour Dupieux de nous confronter aux aléas d’un plateau, tout en s’interrogeant sur le futur de l’industrie du cinéma à l’ère de l’intelligence artificielle.

Jouer avec le spectateur

La structure du film dans le film questionne aussi notre rôle de spectateur ; elle nous invite à nous interroger sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, plutôt que d'accepter l’histoire qui nous est montrée sans la remettre en question. En introduisant de multiples seuils narratifs, c’est-à-dire plusieurs débuts d'histoire, ce mécanisme joue avec les notions de fiction et de réalité et nous pousse à nous investir plus activement dans le film que nous regardons.

Pas étonnant donc, que l’on retrouve cette technique dans le cinéma de Quentin Dupieux, qui adore jouer avec son public en le forçant à constamment remettre en question ce qu’elle voit. Dans DAAAAAALÍ !, son long-métrage précédent, le réalisateur s’amusait déja à nous immerger dans des histoires à l’intérieur d’histoires, par le biais des récits que les personnages se racontaient, ou en rejouant plusieurs fois les mêmes scènes mais avec des acteurs différents. YANNICK questionnait également le processus de construction d’une histoire, en opposant des comédiens à leur public et en les faisant collaborer pour créer le film que nous regardions. Une patte très méta qui nous rappelle que Quentin Dupieux n'a pas volé sa réputation de réalisateur inventif et loufoque.

Le Deuxième Acte, disponible sur CANAL+.