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LEFT-HANDED GIRL : l'incroyable histoire derrière cette pépite taïwanaise

Présenté à Cannes et sélectionné pour représenter Taïwan aux Oscars, LEFT-HANDED GIRL est bien plus qu’un premier film : c’est l’aboutissement d’un rêve poursuivi pendant un quart de siècle par Shih-Ching Tsou. Longtemps restée dans l’ombre de son collaborateur Sean Baker, la réalisatrice a su transformer ses souvenirs d’enfance en un récit bouleversant sur la famille, les traditions et l’émancipation. On vous raconte.

Souvenir d’enfance

Dans LEFT-HANDED GIRL, une mère célibataire et ses deux filles quittent la campagne pour revenir à Taipei, où elles tentent de reconstruire leur vie en ouvrant un petit stand au sein d’un marché nocturne. Dans cette nouvelle existence faite de difficultés financières et de tensions familiales, la plus jeune, I-Jing, attire l’attention de son grand-père car elle utilise sa main gauche. Au sein de cette famille marquée par les croyances traditionnelles, cette « main du diable » devient le symbole d’un conflit entre anciennes générations et désir de liberté.

Derrière cette histoire se cache une expérience très personnelle vécue par la réalisatrice, Shih-Ching Tsou. Enfant, elle a en effet elle-même été contrainte d’abandonner l’usage de sa main gauche. À Taïwan, comme dans de nombreuses sociétés ayant conservé des traditions centenaires, la main gauche a longtemps été associée à la malchance. Ce souvenir intime a nourri le point de départ du film pour Shih-Ching Tsou, l'idée étant pour elle de raconter, à travers le parcours d’une enfant, la manière dont les croyances familiales peuvent influencer une identité.

« Le film ne raconte pas seulement une histoire sur une fille gauchère mais sur ce que nous héritons de nos familles, et sur ce que nous choisissons de garder ou de rejeter », explique la réalisatrice interviewée à propos du film. En transformant cette blessure personnelle en récit collectif, Tsou ne signe pas juste un drame familial mais elle dresse aussi le portrait d’une société en pleine évolution, où les nouvelles générations cherchent à se libérer du poids des traditions.

De l’ombre de Sean Baker à la lumière de Cannes

Le scénario, coécrit avec le réalisateur états-unien Sean Baker (ANORA), a pourtant attendu des années avant de pouvoir exister : imaginé et écrit depuis des lustres, il s’est heurté à de nombreuses difficultés de financements, assez courtantes pour un film taïwanais en langue originale. Un premier montage promotionnel avait même été réalisé dès 2010 pour convaincre des producteurs, c'est dire. Malgré la présence de Sean Baker, coproducteur, coscénariste et monteur du film, THE LEFT-HANDED GIRL a eu bien du mal à émerger. Lorsqu'il remporte la Palme d’or pour ANORA en 2024, il choisit pourtant de continuer à défendre le projet le plus personnel de sa partenaire de longue date. LEFT-HANDED GIRL devient alors l’occasion pour Shih-Ching Tsou de sortir enfin de l’ombre et de raconter sa propre histoire.

Une nouvelle étape pour le duo, leur collaboration ayant débuté il y a plus de vingt ans, avec TAKE OUT en 2004. Depuis cette première rencontre, Shih-Ching Tsou et Sean Baker ont construit l’une des collaborations les plus discrètes mais les plus solides du cinéma indépendant américain. Elle a participé à plusieurs de ses projets en tant que productrice, monteuse ou collaboratrice artistique, notamment sur THE FLORIDA PROJECT, RED ROCKET ou STARLET. Une relation professionnelle qui repose avant tout sur une vision commune du cinéma : filmer des personnages ordinaires, donner une place aux invisibles et privilégier une approche authentique plutôt que spectaculaire.

La longue attente qu'a subi THE LEFT-HANDED GIRL en termes de production concrète a finalement trouvé son épilogue sur la Croisette. Le film a été présenté en première mondiale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2025, avant de devenir le film choisi par Taïwan pour concourir dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars. Anecdote révélatrice de la démarche de Tsou : le film a été tourné avec des iPhone, dans une volonté de préserver une approche spontanée et proche des personnages. « Utilisez toutes les ressources dont vous disposez, et n’attendez pas qu’on vous donne la permission de raconter votre histoire », conseillait-elle alors aux jeunes cinéastes. Après avoir produit plusieurs œuvres majeures de Sean Baker, de THE FLORIDA PROJECT à RED ROCKET, Shih-Ching Tsou signe enfin le film qui témoigne de son propre regard.