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LES LIENS QUI NOUS UNISSENT : la grande fresque familiale de Daniele Luchetti

Posté par Alexis Lebrun le 5 novembre 2021
Absent des écrans français depuis 2014, le réalisateur italien poursuit son exploration des affres de la cellule familiale avec un nouveau long-métrage ambitieux, dont l’histoire s’étale sur plusieurs décennies. Présenté en ouverture de la Mostra de Venise 2020 et premier film italien dans ce cas depuis 2009, LES LIENS QUI NOUS UNISSENT marque le retour en forme de Daniele Luchetti.
L’amour à l’épreuve des années

Le point de départ du nouveau drame de Daniele Luchetti est tristement commun : un homme (Aldo) et sa femme (Vanda) se séparent car le premier a avoué à la seconde qu’il la trompait avec une fille plus jeune qu’elle. La rupture est d’autant plus acrimonieuse que le couple a encore deux enfants à charge, et que ces derniers ne vont évidemment pas pardonner à leurs parents cette situation qui bouleverse leur existence. Nous sommes à Naples dans les années 1980, et tous les éléments du drame attendu semblent se mettre en place, mais il y a un twist (avant un final très surprenant). Plusieurs décennies plus tard, on retrouve en effet Aldo et Vanda, et ils sont toujours mariés. Mais contrairement aux enfants, leurs ennuis n’ont pas quitté le domicile familial. LES LIENS QUI NOUS UNISSENT navigue donc autour de différentes temporalités avec force flashbacks et ellipses, en faisant appel à plusieurs acteurs (le formidable quatuor Alba Rohrwacher, Luigi Lo Cascio, Laura Morante et Silvio Orlando) pour incarner les personnages à plusieurs étapes de la vie.

Et assez miraculeusement, le dispositif fonctionne plutôt bien. Pas épargnés par le cinéaste, les deux protagonistes du film multiplient les coups bas, les mesquineries, et ils n’hésitent pas non plus à instrumentaliser les enfants, dont le point de vue occupe aussi une place importante à l’écran. En explorant si frontalement l’usure du couple et du sentiment amoureux, avec des scènes réalistes parfois un peu difficiles, Daniele Luchetti réussit son pari et nous questionne sur les raisons qui font qu’une relation périclite ou pas. Pour reprendre le titre français du film, quels sont les liens qui nous unissent vraiment avec notre moitié ? Quelle est la part de compromission acceptable avant que l’accumulation des rancœurs et des non-dits ne finisse par miner l’essence même d’un couple ? Faut-il privilégier le confort de la routine ou succomber à la folie du coup de foudre ? À toutes ces questions immémoriales, le film du réalisateur italien ne livre pas de réponse simpliste.

La saga familiale, un classique du cinéma italien

Cette fresque familiale qui s’étale sur plusieurs décennies rappelle évidemment un grand nom récent du cinéma italien, le monolithe NOS MEILLEURES ANNÉES (Marco Tullio Giordana), qui s’était distingué à Cannes en 2003 en racontant l’histoire de deux frères des années 1960 aux années 1980 – période de grands bouleversements pour la société italienne – sur une durée totale de près de six heures. Les adeptes du genre se souviennent aussi qu’en 1987, Ettore Scola s’était essayé à un exercice bien particulier en filmant l’évolution d’une famille bourgeoise italienne dans un seul appartement à travers les yeux du vieux patriarche de la famille, du début du siècle aux années 1980. Ce long-métrage s’appelait LA FAMILLE, et on y retrouvait Fanny Ardant et Philippe Noiret.

Et certes, Francis Ford Coppola est un réalisateur américain, mais ses racines italiennes ont joué un rôle prépondérant dans la création de son inoubliable trilogie du PARRAIN (1972-1974-1990), qui n'est pas tant une histoire mafieuse qu'une grande tragédie familiale, puisqu'elle narre pendant plus d’un siècle le délitement de la famille Corleone (en commençant par sa migration depuis la Sicile), et plus particulièrement celui du couple formé par Al Pacino et Diane Keaton, qui ne résiste pas à la vie de baron de la mafia de Michael Corleone. Enfin, puisque l’on parle de grands classiques des années 1970, il faut aussi évoquer NOS PLUS BELLES ANNÉES (1973), dans lequel Sydney Pollack ausculte pendant plus dix ans la relation entre deux jeunes joués par Barbra Streisand et Robert Redford, en traversant notamment la Seconde Guerre mondiale et les débuts de la guerre froide. Aujourd’hui, ces grandes fresques sont plutôt l’apanage des séries, qui peuvent se permettre plus aisément de déployer les récits au long cours qui rendent désormais très frileux les producteurs de cinéma, mais on conserve une certaine nostalgie pour les 358 minutes de NOS MEILLEURES ANNÉES. Heureusement qu’il reste quelques rares cinéastes comme Daniele Luchetti pour perpétuer cette tradition aujourd’hui.

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